International Crisis Group (ICG) avertit qu’un conflit meurtrier impliquant le gouvernement fédéral éthiopien, la région du Tigré et l’Érythrée pourrait éclater à tout moment.
Dans son dernier rapport, l’organisation non gouvernementale International Crisis Group (ICG) souligne que « les tensions sont vives entre le gouvernement fédéral éthiopien, la région septentrionale du Tigré et l’Érythrée voisine, menaçant un retour à un conflit meurtrier trois ans après la fin de la dernière guerre ». L’ICG appelle les États africains et les puissances extérieures à ouvrir en urgence des canaux de communication discrets entre les trois parties afin de désamorcer la crise.
Selon le groupe de réflexion, une reprise des hostilités serait dévastatrice pour les trois acteurs, dans une région où les conflits passés ont déjà coûté des centaines de milliers de vies. Un nouveau conflit risquerait également de se superposer à la guerre en cours au Soudan voisin, d’entraîner l’implication de puissances extérieures à la Corne de l’Afrique, et d’accentuer l’instabilité dans la région stratégique de la mer Rouge.
Les relations entre Addis-Abeba et Asmara se sont davantage détériorées après que le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a déclaré que son pays devait sécuriser un accès à la mer « à tout prix ».
Dans ce contexte de tensions, Addis-Abeba a accusé les dirigeants du Tigray People’s Liberation Front (TPLF), ancien adversaire du gouvernement lors du conflit au Tigré, de nouer une alliance clandestine avec l’Érythrée.
L’Éthiopie a officiellement notifié le secrétaire général des Nations Unies que l’Érythrée se préparait « activement à la guerre ». Les autorités éthiopiennes accusent également Asmara de collaborer avec des acteurs non étatiques pour déstabiliser le pays, des allégations qui ont exacerbé les tensions et entraîné une nouvelle mobilisation de troupes le long de la frontière commune.
En octobre dernier, M. Abiy a appelé à une médiation internationale afin de parvenir à une « solution pacifique » garantissant à l’Éthiopie, pays enclavé, un accès à la mer. Lors d’une intervention devant le Parlement, il a cité les Etats-Unis, la Chine, la Russie et l’Union européenne comme médiateurs potentiels, tout en évoquant un possible rôle de l’Arabie saoudite et de la Turquie.
Le Premier ministre éthiopien a toutefois insisté sur le fait que son pays n’avait « aucune intention d’entrer en guerre avec l’Érythrée », affirmant être convaincu qu’une solution pacifique était possible, tout en soulignant que la revendication d’un accès à la mer demeurait « irréversible ».
La quête éthiopienne d’un débouché maritime via l’Érythrée constitue, de longue date, l’une des principales sources de tensions entre les deux pays. Si les relations s’étaient améliorées en 2018 et que les deux États avaient coopéré en 2020 contre le TPLF durant la guerre au Tigré, les divergences ont resurgi après la fin du conflit, atteignant un nouveau seuil ces derniers mois.
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