Dans les montagnes verdoyantes du Tonkpi (Ouest ivoirien), une révolution silencieuse est en marche. Longtemps resté dans l’ombre des importations massives, le riz local, porté par l’emblématique « Riz Danané », entame sa mue scientifique et juridique.
Sous l’impulsion de La Grainotech et du CIRAD, grâce au financement de l’Agence française de développement (AFD), la caractérisation du « Riz Danané », ce trésor du terroir, ouvre la voie à une Indication géographique protégée (IGP). L’objectif est de transformer un héritage paysan en un levier de souveraineté alimentaire.
Le « Riz Danané », joyau de la région du Tonkpi, ne veut plus se contenter des marchés locaux. Connues sous les noms de « Minklin » ou « Totomon » (bon parfum), ces variétés naturelles sont bien plus qu’un aliment : elles sont une signature culturelle.
Pourtant, sur les étals des grandes villes, le riz local souffre encore d’un « mauvais narratif », injustement jugé de moindre qualité face aux packagings attractifs des produits importés. Dans l’Ouest montagneux, une résistance s’organise autour de joyaux méconnus : le « Riz Danané » et ses cultivars paysans.
L’appellation « Riz Danané » est aujourd’hui massivement usurpée par des commerçants peu scrupuleux qui vendent des variétés ordinaires au prix fort, fait observer l’agro-économiste Daniel Oulai, PDG de La Grainotech.
Face à cette « fraude », la caractérisation scientifique devient un impératif. En reliant l’identité génétique aux qualités organoleptiques exceptionnelles de ce terroir, le projet porté par La Grainotech et financé par l’AFD vise à protéger ce patrimoine.
L’enjeu est de transformer ce trésor olfactif en un label de confiance, capable de restaurer la fierté des riziculteurs et d’offrir aux Ivoiriens un riz local d’exception, authentique et certifié. La Côte d’Ivoire importe, par an, pour plus de 1 milliard de dollars de riz.
Une révolution silencieuse en marche
La région du Tonkpi a franchi, le 11 mars 2026, une étape historique vers la reconnaissance de son patrimoine agricole. En présence d’Albert Mabri Toikeusse, président du Conseil régional, l’entreprise La Grainotech a officiellement lancé les activités de caractérisation du « Riz Danané. »
Ce projet ambitieux, soutenu par l’Agence française de développement (AFD) et le CIRAD, poursuit un objectif stratégique : l’obtention d’une Indication géographique protégée (IGP) auprès de l’OAPI (Office ivoirien de la protection intellectuelle).
Pour transformer cette ambition en réalité juridique, une « task-force » scientifique d’élite a été mobilisée. Sous la direction de Robert Guéi, généticien de renommée mondiale (FAO), et de Germain Droh, maître-assistant à l’Université Félix Houphouët-Boigny, l’équipe doit apporter la preuve irréfutable de l’unicité du « Riz Danané ».
Le protocole repose sur un triptyque méthodologique d’une rigueur exceptionnelle. Sur le terrain, à Danané, des essais comparatifs structurés en « blocs de Fisher » à quatre répétitions sont mis en place. Ce dispositif rigoureux permet d’isoler les facteurs environnementaux pour extraire les performances agromorphologiques pures des cultivars paysans, telles que la hauteur de plante ou le rendement.
À AfricaRice (Bouaké, centre), les grains subissent des analyses physico-chimiques poussées. Taux d’amylose et consistance après cuisson sont mesurés pour définir le profil textuel du riz. Une attention particulière est portée à la concentration des composés volatils, responsables du parfum « Totomon ».
L’innovation majeure réside toutefois dans la génétique. Des prélèvements foliaires sont acheminés à l’Université Félix Houphouët-Boigny pour une extraction d’ADN et un génotypage SSR (Simple Sequence Repeat). Cette technique permettra d’établir la « carte d’identité » génétique du « Riz Danané ».
En reliant cette signature moléculaire aux qualités organoleptiques, les experts créent un bouclier scientifique contre l’usurpation. Grâce à cette double expertise, le « Riz Danané » ne sera plus seulement une promesse gustative, mais un produit certifié, protégé et prêt à conquérir les marchés les plus exigeants.
Un levier de développement pour le Tonkpi
Pour les riziculteurs du Tonkpi, l’enjeu de ce projet dépasse la simple technique ; il est vital et profondément humain. En accédant à des circuits de distribution structurés et à des prix justes grâce à la labellisation, c’est toute l’économie rurale de l’Ouest montagneux qui entame sa mutation.
Le soutien du ministre Mabri Toikeusse réaffirme d’ailleurs cette ambition stratégique : ériger le « Riz Danané » en fer de lance du « Made in Côte d’Ivoire ». Au cœur de cette dynamique, la dignité des acteurs est restaurée. Les femmes, piliers de la production, retrouvent un accès décent au marché, sécurisant ainsi les revenus du foyer.
Parallèlement, une nouvelle génération émerge : des jeunes sont formés et employés aux métiers de la filière, freinant l’exode rural par des perspectives d’avenir concrètes. Aujourd’hui, ce sont plus de 2 700 petits producteurs qui s’engagent dans la démarche qualité du label, épaulés par 6 transformateurs locaux et un réseau de plus de 150 tables de vente dédiées au riz local.
En brisant le mythe de la « mauvaise qualité » par la rigueur scientifique de La Grainotech, de l’AFD et du CIRAD, ces partenaires ne font pas que caractériser un grain, ils réhabilitent une fierté régionale.
Le « Riz Danané », avec son parfum envoûtant et son identité certifiée, s’apprête enfin à reprendre sa place légitime : celle de roi des tables ivoiriennes. C’est la promesse d’une prospérité partagée où chaque grain raconte l’histoire d’un terroir d’exception.
AP/Sf/APA






