Les deux anciens responsables ont comparu vendredi 30 octobre devant la juridiction criminelle de Bamako, dans une procédure relative à des irrégularités présumées commises entre 2004 et 2010, période durant laquelle Sidi Sosso Diarra dirigeait l’institution chargée du contrôle de la gestion des ressources publiques.
À l’issue des débats, leur incarcération a été ordonnée dans le cadre d’une prise de corps, mesure judiciaire distincte du mandat de dépôt. Les deux hommes ont été conduits à la Maison centrale d’arrêt de Bamako dans la soirée du 30 octobre.
Lors de l’audience, le ministère public a requis vingt ans de prison contre Sidi Sosso Diarra. La décision a été mise en délibéré au 5 novembre, date à laquelle les juges doivent se prononcer sur les accusations et les demandes de réparation formulées par l’État.
Plus de 3,5 milliards FCFA réclamés
L’affaire trouve son origine dans deux rapports de vérification de la Section des comptes de la Cour suprême, portant respectivement sur les exercices 2004-2006 et 2007-2010 du Bureau du Vérificateur général.
Les contrôles avaient relevé plusieurs irrégularités présumées concernant notamment l’exécution de dépenses publiques, l’attribution d’avantages financiers, la prise en charge d’évacuations sanitaires et les conditions de passation de certains marchés.
Le préjudice financier allégué est évalué à 3 milliards 077 millions 668 814 francs CFA. La Direction générale du Contentieux de l’État (DGCE) demande le remboursement de cette somme, auquel s’ajoutent 500 millions de francs CFA de dommages-intérêts.
Les prétentions financières de l’État atteignent ainsi 3 milliards 577 millions 668 814 francs CFA.
Parmi les faits évoqués dans la procédure figurent des présomptions d’atteinte aux biens publics, de favoritisme et de fractionnement de marchés publics. Il appartient aux juges d’apprécier les éléments présentés par l’accusation et les arguments de la défense.
Une procédure ancienne
Le dossier avait franchi une étape importante le 4 mars 2025, lorsque la Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Bamako avait ordonné, par l’arrêt n°020, la mise en accusation de Sidi Sosso Diarra et d’Amadou Diop.
La juridiction avait alors écarté l’exception de prescription soulevée par la défense, en retenant notamment la question de la découverte des faits par l’État comme élément d’appréciation du délai de poursuite.
Un non-lieu avait, en revanche, été prononcé en faveur de Philippe Yaouna, ancien comptable du Bureau du Vérificateur général, également concerné par les investigations initiales.
Expert-comptable de formation, Sidi Sosso Diarra a été le premier Vérificateur général du Mali. Il a dirigé l’institution du 1er avril 2004 au 31 mars 2011, soit un mandat de sept ans, au cours duquel 179 missions de vérification ont été réalisées.
La procédure concerne donc la gestion d’une institution dont la mission principale consiste précisément à contrôler l’utilisation des ressources publiques et à contribuer à la lutte contre la corruption et la délinquance économique et financière.
Le délibéré annoncé pour le 5 novembre devra permettre de connaître les décisions de la juridiction concernant les deux anciens responsables et les demandes financières de l’État. Dans l’attente du jugement, Sidi Sosso Diarra et Amadou Diop bénéficient de la présomption d’innocence.





