Le Mali a lancé une vaste opération contre l’orpaillage illégal sur le fleuve Niger, neutralisant plus de 200 dragues en trois jours.
Le fleuve Niger, artère vitale pour des millions de Maliens, a été le théâtre d’une opération militaire d’envergure menée du 21 au 23 juillet dernier. Baptisée « Djoliba Saniya », cette initiative a mobilisé le groupement tactique d’intervention TAMA de la Garde nationale, dans une lutte directe contre l’orpaillage illégal qui gangrène les eaux du Djoliba.
En trois jours, les soldats ont neutralisé 206 dragues artisanales et six moulins industriels dans plusieurs localités du sud-ouest du pays, notamment à Bancoumana, Hamdallaye, Kangaba, Balanza et Danga. Ces engins, souvent construits de manière rudimentaire, servent à extraire clandestinement de l’or dans le lit même du fleuve. Le commandant Michel Koné, en charge de l’opération, a souligné la gravité de la situation : « Ces machines dégradent dangereusement l’écosystème fluvial. Il est de notre devoir de les éliminer ».
L’impact de ces activités illégales dépasse largement le cadre environnemental. Le fleuve Niger, long de plus de 4 000 kilomètres, irrigue une grande partie du Mali et constitue la principale source d’eau potable pour Bamako et plusieurs villes du pays. Or, selon la Société malienne de gestion de l’eau potable (SOMAGEP-SA), la présence massive de dragues perturbe la qualité de l’eau, rendant son traitement difficile et provoquant des interruptions dans la distribution, notamment dans certains quartiers périphériques de la capitale.
Les conséquences sanitaires sont préoccupantes. Des substances toxiques, telles que le mercure utilisé dans le processus artisanal d’extraction de l’or, se retrouvent dans le fleuve, menaçant à la fois la faune aquatique et les populations riveraines. L’eau, chargée en sédiments et en produits chimiques, devient impropre à la consommation sans un traitement complexe que la SOMAGEP peine parfois à assurer.
Le gouvernement malien, déjà engagé depuis plusieurs années dans une refonte du secteur minier, a durci les règles encadrant l’exploitation artisanale. Pourtant, selon plusieurs observateurs, des milliers de dragues continuent d’opérer dans l’illégalité sur les fleuves maliens. L’orpaillage clandestin représente une part non négligeable de la production aurifère nationale, estimée à plus de 60 tonnes par an, dont une proportion échappe au contrôle de l’État.
Face à cette réalité, les autorités ont décidé de frapper fort. L’opération « Djoliba Saniya » n’est pas un coup isolé. D’autres interventions sont annoncées, notamment dans la région de Sikasso, où les affluents du Niger sont également menacés. Le commandant Koné insiste : « Le fleuve Djoliba n’appartient pas qu’au Mali. C’est un patrimoine ouest-africain. Le préserver, c’est protéger la vie ».
Dans les villages concernés par l’opération, les habitants l’ont accueillie favorablement, bien que certains dénoncent la précarité sociale dans laquelle baignent les petits orpailleurs, souvent sans alternative économique. Cette tension entre urgence environnementale et détresse humaine rend le sujet particulièrement sensible.
Pour le moment, l’armée assure que les opérations se poursuivront jusqu’à l’éradication complète des installations illégales recensées dans les zones ciblées.
MD/ac/Sf/APA