Le Mali, le Burkina Faso et le Niger lancent une coordination inédite de leurs politiques éducatives à travers la Confédération de l’AES. Objectif : mutualiser les ressources, harmoniser les programmes et renforcer la souveraineté intellectuelle sahélienne face à une crise structurelle de l’université.
Les autorités éducatives du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont lancé ce jeudi à Bamako les travaux de la première conférence des responsables des institutions d’enseignement supérieur et de recherche de la Confédération de l’AES. La rencontre, présidée par le ministre malien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Pr Bouréma Kansaye, s’inscrit dans une dynamique de coopération renforcée entre les trois États sahéliens, à un moment où les systèmes universitaires de la région affrontent des défis structurels comparables.
L’objectif de cette conférence inaugurale est de poser les bases d’une coordination durable entre les politiques éducatives des pays membres. La mutualisation des ressources humaines et matérielles, l’harmonisation des programmes, le renforcement des capacités d’encadrement et l’amélioration de la recherche figurent au cœur des discussions. Les ministres et recteurs présents ont souligné l’urgence d’une réponse régionale face à la crise silencieuse qui frappe l’enseignement supérieur dans l’espace sahélien.
Au Mali, les dernières données disponibles indiquent que les établissements d’enseignement supérieur publics et privés accueillaient plus de 147 000 étudiants en 2022. Malgré une offre diversifiée, les infrastructures pédagogiques sont inégalement réparties et souvent sous-dimensionnées. Le pays ne compte qu’un enseignant pour près de 80 étudiants dans certains domaines, un ratio bien supérieur aux standards recommandés. Cette tension se retrouve également au Burkina Faso et au Niger, où la croissance démographique continue d’exercer une pression considérable sur les universités, en particulier dans les filières de sciences humaines et sociales.
Les échanges à Bamako s’ouvrent dans un contexte où l’Alliance des États du Sahel, créée en 2023, cherche à construire des politiques souveraines sur les plans sécuritaire, économique et social. L’enseignement supérieur est désormais envisagé comme un levier de transformation stratégique. Les trois ministres en charge du secteur ont insisté, lors de la leçon inaugurale donnée ce matin, sur le rôle de la formation supérieure dans la lutte contre l’extrémisme violent. Plusieurs études convergent pour montrer que la majorité des jeunes recrutés par les groupes armés dans la région n’ont jamais eu accès à une formation secondaire ou universitaire. En investissant dans le savoir, les gouvernements veulent offrir une alternative crédible à des milliers de jeunes livrés à eux-mêmes.
La conférence prévoit également de faire l’état des lieux de la recherche scientifique dans les trois pays. Le Mali, avec ses centres comme le CNRST et l’IER, a posé certains jalons, mais l’investissement dans la recherche reste inférieur à 0,5 % du PIB, bien en deçà de la moyenne recommandée par l’Union africaine. Les projets transnationaux en agroécologie, santé, énergie ou technologies numériques pourraient bénéficier d’un cadre harmonisé de financement et de gouvernance scientifique.
En ouverture des travaux, le ministre Pr Bouréma Kansaye a défendu une approche régionale de l’université, affirmant que l’avenir de la souveraineté sahélienne passe aussi par la souveraineté intellectuelle. La Confédération de l’AES, selon lui, offre une opportunité historique de repenser les fondements de l’enseignement supérieur, non comme un prolongement de modèles extérieurs, mais comme une réponse enracinée dans les réalités du Sahel.
Les travaux se poursuivent demain à Bamako. À leur issue, un comité technique restreint devrait être mis en place pour définir les premières étapes concrètes de la coopération interuniversitaire AES. Si la volonté politique affichée se traduit en décisions opérationnelles, l’enseignement supérieur sahélien pourrait amorcer une refondation attendue de longue date.
MD/ac/Sf/APA







