Le 12 juin 2025, les autorités maliennes ont lancé une nouvelle campagne de recrutement de 2 000 gardiens de la paix pour la Police nationale, ainsi que 1 000 sapeurs du rang pour la Protection civile.
Le recrutement de 2 000 gardiens de la paix et 1 000 sapeurs, annoncé par le ministère de la Sécurité et de la Protection civile, intervient dans un contexte tendu au Mali, marqué par le retrait progressif des forces onusiennes, la recrudescence des violences dans le centre et le nord, et une volonté affirmée de renforcer la souveraineté nationale en matière de sécurité.
Ce recrutement s’inscrit dans le Plan d’Action gouvernemental 2025-2026, qui prévoit la mobilisation de plus de 24 000 agents de sécurité sur deux ans. Le budget de la sécurité intérieure a été revu à la hausse, avec une augmentation de 38 % par rapport à 2023, selon le ministère de l’Économie et des Finances.
Un renforcement déjà amorcé
Une première vague de recrutement en août 2024 avait permis d’intégrer 1 000 policiers et 500 sapeurs. Mais face aux défis persistants, notamment en matière de couverture du territoire, de lutte contre l’insécurité urbaine et de réponse aux catastrophes naturelles, les autorités ont décidé d’intensifier les efforts. Le ministre de la Sécurité, le général Daoud Aly Mohammedine, a insisté sur l’importance de redéployer les forces dans les zones sensibles comme Mopti, Douentza, Niono et Ansongo.
Des stratégies similaires dans la région
Le Mali suit une tendance observée dans d’autres pays de la région confrontés à des contextes post-crise. En Côte d’Ivoire, après la crise de 2010-2011, un vaste programme de professionnalisation des forces de sécurité avait été lancé. Le Burkina Faso, quant à lui, a combiné création de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et recrutements accélérés de policiers auxiliaires pour pallier les déficits sécuritaires.
Des exemples comparables existent également à l’international : la Tunisie post-2011 ou la Colombie après l’accord de paix de 2016 ont procédé à de larges campagnes de recrutement pour consolider leur appareil sécuritaire.
Enjeux de formation et respect des droits humains
Le contexte malien présente toutefois des particularités : défiance envers les forces de l’ordre, risques d’infiltration de groupes armés, et difficultés logistiques sur un territoire étendu. Plusieurs ONG, dont la FIDH et Human Rights Watch, appellent à renforcer la formation des recrues sur les droits humains, la gestion des conflits communautaires et la prévention des abus.
Le concours comporte une présélection sur dossier, des épreuves écrites, puis une formation professionnelle en école. Les candidats, âgés de 18 à 26 ans et de nationalité malienne, doivent répondre à des critères stricts de moralité. Le ministère assure que le processus sera transparent, bien que des syndicats de police réclament une supervision indépendante.
Une opportunité pour la jeunesse, un test pour l’État
Dans les quartiers populaires de Bamako, Ségou ou Sikasso, ce recrutement suscite l’espoir : il représente une chance rare d’emploi stable et valorisant. Mais certains observateurs soulignent que ces efforts ne porteront leurs fruits que s’ils s’accompagnent d’investissements dans les conditions de travail, l’encadrement, et la reconstruction du lien de confiance entre la police et les citoyens.
Alors que le pays poursuit sa transition politique, ce recrutement massif est à la fois un symbole de souveraineté retrouvée et un test majeur pour construire une force publique crédible, professionnelle et profondément ancrée dans le tissu social malien.
MD/te/Sf/APA






