Si l’intention affichée à travers le programme destiné aux « familles productives » est de promouvoir l’« autonomisation », la réalité risque de renforcer une économie informelle déjà hypertrophiée, sans véritable intégration au tissu productif national.
Le gouvernement algérien a annoncé un nouveau programme d’aide destiné aux « familles productives », présenté comme une mesure d’autonomisation économique et sociale. Un décret exécutif publié au Journal officiel fixe les conditions d’accès et le montant de ce soutien, compris entre 80 000 et 100 000 dinars. Mais derrière l’effet d’annonce, de nombreuses interrogations surgissent sur la portée réelle de ce dispositif et sur sa capacité à répondre à la crise sociale qui mine le pays.
L’aide promise, équivalente à environ 600 à 750 euros, est versée non pas en espèces, mais sous forme de matériels et d’équipements. Elle ne peut être obtenue qu’une seule fois et doit être utilisée pour lancer des activités artisanales ou agricoles : couture, pâtisserie, tissage, poterie, apiculture, distillation ou transformation de produits agricoles.
Si l’objectif officiel est de « garantir un revenu » aux familles sans ressources, la somme paraît dérisoire au regard de l’inflation galopante et de la hausse du coût de la vie en Algérie. En 2025, le panier de consommation moyen dépasse largement les 60 000 dinars par mois pour une famille, ce qui relativise l’impact d’une aide ponctuelle d’à peine quelques centaines d’euros.
Le dispositif vise les chefs de famille sans revenu ou les femmes assumant seules la charge de proches également sans ressources. L’intention semble louable, mais il s’agit en réalité d’un ciblage très restrictif. Les jeunes diplômés au chômage, les travailleurs précaires ou encore les petites exploitations agricoles fragilisées par la sécheresse en sont exclus.
Cette sélectivité traduit un choix politique : privilégier les gestes symboliques plutôt que des réformes structurelles. Dans les faits, le gouvernement multiplie les dispositifs d’assistance ponctuelle sans parvenir à bâtir une véritable politique sociale cohérente et durable.
Les conditions d’accès, elles aussi, apparaissent contraignantes : nationalité algérienne, résidence permanente dans le pays, âge minimum de 19 ans, absence totale de revenu, non-affiliation à la sécurité sociale et absence de tout autre soutien public. Les demandeurs doivent présenter un dossier complet comprenant extrait de naissance, certificat de résidence, attestations de qualifications et de non-revenu, avant de subir une enquête sociale.
Cette procédure, confiée aux directions de l’action sociale et de la solidarité et à l’Agence de développement social, reflète la bureaucratie pesante du système algérien. Elle risque de décourager une grande partie des candidats potentiels, notamment dans les zones rurales ou enclavées.
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