La compagnie nationale tunisienne traverse une phase critique, entre effondrement opérationnel, instabilité à sa tête et valorisation boursière au plus bas. Malgré une nouvelle vague de nominations début juillet, le doute plane sur sa capacité à se redresser.
Tunisair s’enfonce dans une crise multiforme. À la veille du pic de la saison estivale, la compagnie aérienne nationale tunisienne ne dispose plus que de dix appareils opérationnels, contre 24 auparavant. Les retards de maintenance, les tensions sociales internes et l’incapacité à assurer des vols dans des conditions normales font vaciller l’un des piliers historiques du transport aérien tunisien.
Les conséquences pour les voyageurs sont sévères : retards pouvant atteindre 24 heures, vols annulés sans information claire, procédures d’embarquement chaotiques, et une ponctualité tombée à 48 % en juin 2025. Un chiffre qui tranche avec la communication officielle, qui préfère souligner une amélioration par rapport à 2024. Sur le terrain, les témoignages s’accumulent : « modification des vols à la dernière minute, enregistrement impossible, escales ajoutées sans préavis », dénonce un passager à l’aéroport de Tunis-Carthage.
Ce dysfonctionnement chronique reflète une instabilité managériale persistante. Depuis novembre 2024, plusieurs dirigeants se sont succédé à la tête de Tunisair : départ précipité d’Olfa Hamdi, nomination puis éviction de Khaled Chelly, limogeages en cascade de directeurs pour manquements graves. Début juillet 2025, un nouveau remaniement a vu l’éviction de Habib Mekki du conseil d’administration, remplacé par Tarek Bouazizi. Mais cette nouvelle direction, issue du transport terrestre, suscite déjà des critiques acerbes. L’économiste Moez Joudi questionne : « Est-il concevable de nommer un directeur général du transport terrestre à la tête de Tunisair ? ».
Sur le plan financier, la situation est tout aussi alarmante. L’action TAIR, cotée à la Bourse de Tunis, stagne à 0,37 dinar depuis mai, flirtant avec ses plus bas historiques. Un audit publié en janvier exprimait déjà des doutes sérieux quant à la continuité d’exploitation de l’entreprise.
Face à cette dégringolade, le président Kaïs Saïed a dénoncé un « saignement financier » alimenté par « des embauches clientélistes ». Il a exigé un plan de sauvetage global. Parmi les mesures avancées : réorganisation des équipes à l’étranger, amélioration de la communication avec les passagers, injection d’un milliard de dinars, réduction des effectifs de 1 000 à 1 700 postes, conversion de dettes en capital et concession de 30 % à un partenaire stratégique.
MK/Sf/ac/APA






