Lors de la clôture du 39e Sommet de l’Union africaine (UA), le Chef de l’État du Ghana a plaidé pour la souveraineté en matière de certification des ressources minérales et en faveur des systèmes de paiement panafricains.
Le président ghanéen John Dramani Mahama a profité de son discours de clôture à l’événement parallèle d’Accra Reset à Addis-Abeba pour synthétiser un large éventail de propositions en faveur de la souveraineté économique africaine, allant de la certification des ressources minérales exemptes de conflits aux systèmes de paiement panafricains. Il a également appelé à la mise en œuvre urgente de cadres qui n’ont que trop longtemps fait l’objet de discussions.
Cette réunion de haut niveau, intitulée « Le bilan d’Accra Reset à Addis-Abeba », a rassemblé des représentants gouvernementaux, des dirigeants du secteur privé, des partenaires internationaux et des représentants de la société civile en marge de la 39e Conférence des chefs d’État de l’Union africaine afin de définir une stratégie
concrète pour la prospérité de l’Afrique.
« La RDC est au cœur de la malédiction des ressources naturelles. Ainsi, lorsque nous parlons d’Accra Reset et de souveraineté sur les ressources naturelles, la RDC est au centre de nos préoccupations », a déclaré le président Mahama.
Il a notamment souligné l’appel lancé par le ministre du Commerce extérieur de la RDC, Julien Paluku Kahongya, en faveur de mécanismes de certification permettant de distinguer les minéraux extraits au profit du peuple congolais de ceux qui alimentent les conflits en
cours. « Lorsqu’il évoque la certification des minéraux, les
certificats des Grands Lacs pour leurs minéraux, afin de savoir quels minéraux sont extraits dans l’intérêt général du peuple congolais et lesquels le sont en raison des guerres, alors je pense qu’il soulève un point très pertinent », a-t-il fait remarquer.
Le président ghanéen a dénoncé la complicité internationale face aux
souffrances de la RDC : « Le monde ferme les yeux sur le carnage en RDC car il a besoin du coltan, du tantale et de tous ces minéraux pour alimenter nos appareils et systèmes numériques ».
Un thème récurrent dans le discours du président était l’urgence de mettre en place des systèmes de paiement intra-africains qui éliminent la dépendance aux devises tierces, un point qu’il a attribué à l’intervention du secrétaire général de la Zone de libre-échange
continentale africaine, Wamkele Mene. « L’une des questions qu’il a soulevées était la suivante : pourquoi, en tant que PME ghanéenne à Accra, souhaitant exporter mes marchandises vers mes compatriotes kenyans, dois-je convertir ma monnaie locale en une devise tierce, puis la reconvertir pour payer une autre PME kenyane » ? a indiqué le président Mahama.
« Le système panafricain de paiement et de règlement est donc devenu
indispensable, et ce, de toute urgence. Je devrais pouvoir expédier mes marchandises au Kenya et être payé en cedis plutôt qu’en devise étrangère. C’est un point sur lequel nous devons travailler ».
Cette priorité accordée à l’infrastructure de paiement s’inscrit dans la vision plus large du plan de relance d’Accra, qui vise à créer des
systèmes économiques au service des intérêts africains plutôt que de
perpétuer la dépendance à l’égard d’une architecture financière extérieure.
Tout en reconnaissant les difficultés historiques liées à la circulation des biens et des personnes à travers l’Afrique, le président Mahama a dressé un tableau optimiste de la connectivité
continentale émergente, saluant les initiatives du secteur privé.
Il a félicité ASKY Airlines pour ses liaisons entre les villes d’Afrique de l’Ouest et Ethiopian Airlines pour ses services desservant la quasi-totalité des pays africains, contrastant ainsi
avec les difficultés rencontrées par les voyageurs par le passé. Le président Mahama a également mis en avant de nouveaux services maritimes, notamment des navires frigorifiques assurant la redistribution des marchandises le long de la côte ouest, de Dakar à Douala, ainsi qu’un projet de service de ferry pour le transport de
camions et de marchandises entre les principaux ports, d’Accra à Lagos
et Monrovia.
Le Président a chaleureusement salué la contribution de la représentante britannique à la discussion, soulignant son observation selon laquelle la prospérité africaine sert les intérêts mondiaux.
« Quand l’Afrique prospère, l’Europe prospère. C’est un fait. La prospérité de l’Afrique ne menace personne dans le monde. Elle consolidera la prospérité mondiale. Ce sera un atout pour le monde, et non une menace », a-t-il déclaré.
Cette perspective positionne le processus de réinitialisation d’Accra
non pas comme une initiative conflictuelle, mais comme une voie vers
un bénéfice mutuel, où le développement de l’Afrique contribue à la santé économique mondiale, au lieu de la compromettre.
Le Président Mahama a exprimé sa gratitude au ministre égyptien des
Affaires étrangères, Badr Abdelatty, dont les propos, a-t-il dit, « m’ont replongé dans l’époque de Kwame Nkrumah », louant le véritable
esprit panafricain de cette intervention.
Le Président est toutefois revenu à plusieurs reprises sur le thème de
l’urgence, faisant écho aux préoccupations concernant le décalage
entre les cadres ambitieux de l’Afrique et leur mise en œuvre concrète.
« Nous arrivons avec les décisions. Nous sommes d’accord. Nous établissons les cadres. Ce qui manque, c’est l’urgence et la mise en œuvre. Nous prenons notre temps. Et nous agissons comme si le temps nous attendait », a déclaré le président Mahama, exprimant une frustration partagée sur tout le continent.
Selon le rapport diffusé par le groupe APO au nom de la présidence de
la République du Ghana, le président Mahama a conclu par un appel
clair aux participants et à l’ensemble des dirigeants africains.
« Comme nous l’avons dit, c’est l’heure des comptes à Addis-Abeba. À
partir d’Addis-Abeba, nous devons cesser de parler et commencer à agir
», a-t-il conclu.
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