La lutte contre le blanchiment de capitaux en Côte d’Ivoire ne se limite plus au simple contrôle des clients, elle englobe désormais la sécurité de toute la chaîne technologique bancaire. C’est le message fort porté par Bart Willems, directeur général du Groupe OMOA, lors de l’événement « L’apéro du banquier » organisé ce vendredi 25 septembre 2026, à Abidjan, par le Young Bankers Club.
Invité spécial autour du thème « Blanchiment de capitaux : ce que tout client bancaire devrait savoir », Bart Willems a rappelé la complexité des opérations monétiques. Devant un public de professionnels, ce partenaire de confiance des banques et des institutions financières africaines, il a décrypté les risques invisibles qui pèsent sur les transactions du quotidien.
« Beaucoup de clients se demandent pourquoi la banque réclame l’origine des fonds, des justificatifs supplémentaires, l’objet d’une transaction ou l’identité du bénéficiaire effectif », a relevé Bart Willems, expliquant que ces exigences s’inscrivent dans le dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux.
« Lorsqu’on travaille, comme nous, dans l’infrastructure technologique du système bancaire, on voit une autre dimension du risque. Et mon message ce soir est très simple : « Know Your Customer (KYC), oui. But also… Know Your Partner (Connaissez votre client, oui. Mais aussi… Connaissez votre partenaire.) », a-t-il soutenu.
Pour lui, « une banque peut avoir d’excellentes procédures KYC, elle peut avoir une excellente équipe Compliance, elle peut demander tous les justificatifs nécessaires à ses clients. Mais si, parallèlement, elle confie une partie critique de son infrastructure technologique à un partenaire qui ne maîtrise pas correctement cette infrastructure (…) elle introduit un autre risque dans la chaîne. Et ce risque est parfois beaucoup moins visible ».
« Une alerte n’est pas une accusation ; elle doit permettre de poser la bonne question. Et je pense que cette philosophie peut s’appliquer bien au-delà du KYC », la connaissance du client bancaire, a fait observer Bart Willems.
Derrière un geste aussi simple que le retrait de 100 000 francs CFA à un distributeur automatique de billets (GAB/ATM), qui ne dure que dix secondes pour l’usager, se cache une infrastructure technologique lourde opérée 24h/24 et 7j/7, a-t-il rappelé.
OMOA et son centre de processing OPS, basé à Lomé, fournissent des services de paiement sécurisés sur les réseaux GAB, POS, Mobile et mPos. Pour Bart Willems, de l’identification de la carte à l’authentification du client, en passant par la traçabilité et l’autorisation de la transaction, « chaque étape doit être verrouillée ; et c’est dans ces coulisses que se joue la conformité (compliance) ».
Traditionnellement, la lutte contre le blanchiment repose sur le principe du KYC (Know Your Customer), qui pousse les banques à interroger le client sur l’origine de ses fonds, ses justificatifs ou l’identité du bénéficiaire effectif. Des exigences qui agacent parfois les usagers mais s’avèrent cruciales.
Cependant, le patron d’OMOA invite le secteur bancaire ivoirien à aller plus loin, en adoptant une nouvelle règle : « Know Your Partner » (Connaissez votre partenaire), afin de contrer les attaques contre la banque.
« Une banque peut avoir d’excellentes procédures KYC […] Mais si, parallèlement, elle confie une partie critique de son infrastructure technologique à un partenaire qui ne maîtrise pas correctement cette infrastructure… elle introduit un autre risque dans la chaîne. Et ce risque est parfois beaucoup moins visible », a-t-il averti.
Un GAB moderne n’est plus un simple coffre-fort avec un écran, mais un terminal informatique connecté au système d’information de la banque, doté d’un système d’exploitation et de couches logicielles. De fait, il devient une cible.
Bart Willems a donc interpellé les responsables de la conformité, du risque, de l’IT et des achats sur l’importance du choix des prestataires. L’enjeu n’est pas seulement le coût d’acquisition d’un équipement, mais la capacité du partenaire à suivre les vulnérabilités et à appliquer les correctifs de sécurité face aux nouvelles menaces.
Pour le dirigeant, une alerte technique ou financière ne doit pas être perçue comme une accusation, mais comme un outil pour poser les bonnes questions. Le secteur financier ivoirien étant de plus en plus interconnecté, la sécurité globale dépend du maillon le plus faible.
La formule finale de Bart Willems résonne comme un avertissement pour l’ensemble de la place financière : « Vous pouvez externaliser une technologie. Vous pouvez externaliser une maintenance. Vous pouvez externaliser un service. Mais, vous ne pouvez jamais externaliser votre responsabilité. »
AP/APA





