La Fondation Orange Côte d’Ivoire a réuni, ce mercredi 30 septembre 2026, à Abidjan, un panel d’experts et d’acteurs de la santé pour dresser l’état des lieux et dégager les perspectives de la prise en charge des maladies cardiovasculaires dans le pays.
Cette rencontre hautement stratégique s’inscrit notamment dans le cadre de la 6e édition de la Semaine du Cœur, qui se tient du 26 septembre au 2 octobre 2026 sous le thème mondial « Utiliser votre cœur pour agir ».
Pour la directrice de la Fondation, Catherine Assanvo, dont l’institution célèbre cette année ses 20 ans d’engagement aux côtés des populations, cette initiative traduit une volonté forte de faire émerger des propositions concrètes pour renforcer la prévention face à l’une des principales causes de décès dans le pays.
Le constat dressé par les spécialistes est alarmant. Le directeur coordonnateur du Programme national de lutte contre les maladies métaboliques, Valéry Adoueni Katché, a révélé qu’au moins 50% des personnes hypertendues (et jusqu’à 70 % dans certains pays) ignorent totalement leur état de santé, ce qui les expose à des complications graves telles que les crises cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux (AVC).
Le Dr Adingra a, quant à lui, déploré une explosion de la prévalence de l’hypertension artérielle en Côte d’Ivoire, passée d’environ 15 % à 30 %. À l’échelle mondiale, Pr Joseph Thierry Niamkey, vice-président de la Société ivoirienne de cardiologie, a rappelé que cette pathologie touche désormais 2,4 milliards de personnes, alimentant les quelque 20 millions de décès annuels enregistrés par l’OMS, comme l’a souligné le Dr Ané Ambroise. Ce dernier y voit le signe d’une « transition épidémiologique » où l’Afrique doit faire face de front aux maladies infectieuses et aux maladies non transmissibles.
Au-delà du drame sanitaire, le coût social et économique s’avère étouffant. Les frais de consultations, d’examens et d’hospitalisations pèsent lourdement sur les budgets. De plus, le décès prématuré du principal soutien financier fragilise directement la scolarité des enfants.
Pour les entreprises, les maladies cardiovasculaires génèrent des coûts importants liés à l’absentéisme, au présentéisme (présence physique mais baisse de productivité) et aux arrêts de travail. Le Dr Adingra a d’ailleurs regretté que les entreprises n’intègrent pas assez les indicateurs de santé de leurs travailleurs dans leurs évaluations.
Le Pr Niamkey a pointé du doigt les facteurs environnementaux et modernes qui accélèrent cette crise : l’urbanisation rapide, le stress professionnel et familial, la sédentarité, la pollution atmosphérique et les changements d’habitudes alimentaires.
Face à ce sombre tableau, des lueurs d’espoir émergent grâce au renforcement de la formation. Le directeur de l’Institut national de cardiologie d’Abidjan, Kramoh Kouadio Euloge, a salué les progrès majeurs de la couverture cardiologique nationale : la Côte d’Ivoire compte désormais plus de 184 cardiologues affectés dans plusieurs régions de l’intérieur, contre seulement une dizaine auparavant.
Il a également annoncé l’ouverture prochaine de l’Institut de cardiologie de Bouaké (centre) et s’est félicité de la montée en puissance des campagnes de dépistage, passées de 3 600 personnes ciblées l’année dernière à près de 7 000 personnes rencontrées cette année.
En guise de perspective, Ané Ambroise (OMS) a appelé à repositionner la prévention au cœur des soins de santé primaires, recommandant que chaque contact entre un agent de santé et un patient, quelle qu’en soit la raison, devienne une opportunité systématique de dépistage des risques cardiovasculaires.
AP/APA





