Le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités a réaffirmé l’interdiction stricte d’exporter des objets archéologiques, en réponse à des spéculations autour de concessions privées accordées à des opérateurs étrangers dans le cadre du Grand Egyptian Museum.
Le débat autour de la marchandisation du patrimoine s’est intensifié ces dernières semaines au Caire, après l’inauguration officielle du Grand Egyptian Museum (GEM), considéré comme le plus vaste complexe muséal au monde. Des rumeurs relayées par des médias locaux faisaient état de négociations confidentielles entre le ministère des Antiquités et plusieurs groupes touristiques étrangers pour la gestion d’espaces d’exposition temporaires, voire de collections itinérantes hors du territoire égyptien.
Face à la montée des critiques dans les cercles archéologiques et diplomatiques, le porte-parole du ministère, Khaled Zaki, a précisé que « toute exportation, même temporaire, d’objets authentiques de l’époque pharaonique, gréco-romaine, copte ou islamique, est formellement prohibée par la loi égyptienne sur les antiquités (n°117/1983) et ses amendements successifs ». Le ministère rappelle également que les conventions internationales, notamment la Convention de l’UNESCO de 1970, lient l’Égypte à des obligations de conservation non négociables.
Cette clarification intervient au moment où la diplomatie culturelle devient un levier croissant de projection du pouvoir. Le GEM, situé à Gizeh à proximité des grandes pyramides, est au cœur de cette stratégie. Il constitue l’un des principaux instruments de rayonnement de l’Égypte à l’échelle régionale et internationale. Le président Abdel Fattah al-Sissi a personnellement suivi la construction du complexe, en insistant sur son rôle de « pilier de la renaissance culturelle nationale ».
Les partenariats envisagés avec des musées étrangers, dont le British Museum, le Louvre et le Metropolitan Museum of Art, concernent exclusivement des expositions photographiques ou numériques, ainsi que des programmes conjoints de recherche et de formation. Le ministère a également annoncé la mise en place d’un comité national de contrôle des conventions internationales muséales, chargé de veiller à ce qu’aucune dérogation au régime légal n’affecte les collections publiques.
Des voix au sein de la communauté scientifique réclament toutefois davantage de transparence dans les accords de financement du musée, notamment ceux conclus avec la JICA (Agence japonaise de coopération internationale) et certaines fondations privées du Golfe. L’Association des archéologues égyptiens appelle à un audit indépendant sur la gouvernance du projet GEM, dont le budget dépasse 1,2 milliard de dollars.
Cette position ferme du gouvernement vise à dissiper les doutes, mais elle traduit aussi une volonté de contrôler rigoureusement le récit historique autour de l’Égypte antique, face aux récupérations idéologiques ou aux relectures occidentales jugées « réductrices » par le ministère de la Culture.
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