L’issue de la neuvième session de la Haute Commission mixte égypto-algérienne, tenue au Caire mercredi 26 novembre 2025, a été marquée par une profusion inhabituelle de mémorandums, loin de cacher les fragilités structurelles du côté algérien.
De nombreux accords signés en marge de la Haute Commission mixte couvrent des secteurs aussi disparates que le développement urbain, la documentation, la jeunesse, la protection du consommateur ou encore l’organisation de salons. Et selon le communiqué officiel égyptien, ces documents matérialiseraient la volonté des deux pays de « consolider leurs relations ». En réalité, leur multiplication souligne surtout l’empressement d’Alger à afficher une dynamique diplomatique alors que son appareil économique demeure incapable de produire des projets crédibles sans adosser son image à des partenaires plus structurés.
Derrière la rhétorique officielle de « complémentarité », l’Égypte apparaît comme l’acteur moteur de cette séquence, assumant son rôle de pourvoyeur d’expertise, notamment dans l’infrastructure et l’ingénierie. Le premier ministre égyptien, Mostafa Madbouly, a insisté sur la création de groupes de travail conjoints pour suivre l’exécution des mémorandums, une précision qui sonne comme un aveu involontaire : une grande partie de ces engagements repose sur la capacité du partenaire égyptien à impulser, encadrer et, souvent, exécuter. Le contraste avec Alger est criant. La diplomatie économique algérienne peine toujours à dépasser les annonces répétées et les promesses de coopération à large spectre, dépourvues de mécanismes d’application solides.
Même le volet commercial, présenté comme une priorité, révèle une asymétrie flagrante. Alger évoque la possibilité de porter les échanges bilatéraux de 1 milliard à 5 milliards de dollars, mais le réalisme économique impose une lecture différente : la structure industrielle algérienne, largement dépendante de la rente et dépourvue d’un tissu productif diversifié, ne permet aucun saut quantitatif sans un apport massif de savoir-faire étranger. Le Forum d’affaires égypto-algérien, ouvert à l’issue de la conférence de presse, risque ainsi de se transformer en tribune où l’Algérie sollicite, encore une fois, l’expertise extérieure pour compenser ses déficits internes.
Les réunions parallèles consacrées aux infrastructures illustrent parfaitement cette dépendance. Le vice-premier ministre égyptien chargé de l’industrie et des transports, Kamel Al-Wazir, a proposé d’orienter les entreprises égyptiennes vers les projets algériens, rappelant leur expérience dans les grands chantiers régionaux. Face à cela, les ministres algériens Saïd Sayoud et Yahia Bachir n’ont eu d’autre choix que d’acquiescer à une coopération qui ressemble davantage à une externalisation de compétences qu’à un partenariat équilibré. L’Algérie, faute de disposer d’un écosystème industriel cohérent, se montre prête à importer à la fois l’expertise, la maîtrise d’ouvrage et parfois même la vision stratégique.
MK/AK/Sf/APA.







