La fin de l’agence américaine qui couvrait 42% de l’aide internationale en 2024 pousse les pays africains à diversifier leurs partenariats vers les pays émergents et du Golfe.
Le démantèlement de l’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international) acté par le Congrès américain en juillet 2025 aura des conséquences désastreuses pour l’Afrique, alerte le Dr. Alioune Aboutalib Lô dans une analyse pour APA.
Cette décision, qui s’inscrit dans le retrait des États-Unis du multilatéralisme voulu par le 47e Président des Etats-Unis, Donald Trump, met fin à une agence qui couvrait environ 42% de l’aide internationale en 2024. Au total, 83% de l’aide américaine a été coupée, le reste étant désormais géré par le Département d’État.
En 2024, l’USAID avait alloué un budget de 35,4 milliards de dollars, dont 11,5 milliards destinés aux pays africains. La RD Congo ($1,34 milliard), l’Éthiopie ($1,2 milliard) et le Nigéria ($762 millions) figuraient parmi les principaux bénéficiaires. Le Sénégal recevait 203 millions de dollars.
Cette coupure brutale a stoppé des projets humanitaires vitaux : campagnes de vaccination, lutte contre le VIH, distribution de 1,5 million de tonnes de denrées alimentaires et construction d’infrastructures de base. En Afrique du Sud, où 17% de la population vit avec le VIH, les conséquences sont particulièrement graves.
Le retrait américain a également des répercussions sur les organisations multilatérales. « Les Américains se sont déjà retirés de l’UNESCO, de l’OMS, du Conseil des droits de l’homme. Il va y avoir des effets sur l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, le PNUD, la Banque mondiale », a expliqué Michèle Asselin, directrice générale de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale.
D’autres pays occidentaux emboîtent le pas : le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France réduiront leur aide de 39%, 27% et 19% respectivement, selon le Human Rights Funders Network.
Face à cette crise, le Dr. Lô recommande aux pays africains de diversifier leurs partenariats en se tournant vers la coopération Sud-Sud, notamment avec la Chine et la Turquie qui proposent une aide moins conditionnelle. Il suggère également d’exploiter la « philanthro-diplomatie » des pays du Golfe.
De 2019 à 2022, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Qatar et le Koweït ont collectivement contribué à hauteur de 28,9 milliards de dollars à l’aide publique au développement, avec des ratios dépassant ceux des États-Unis et de l’Union européenne.
L’expert préconise aussi un changement de paradigme privilégiant les investissements directs plutôt que l’aide au développement, permettant aux pays africains de construire des modèles économiques plus autonomes et souverains.
« La crise actuelle de l’aide au développement doit contraindre les pays africains à repenser leurs modèles économiques mais aussi leurs partenariats internationaux », conclut le Dr. Lô.
AC/Sf/APA






