À l’approche du seuil symbolique des mille jours de conflit, la guerre au Soudan connaît une nouvelle phase d’extension géographique et de durcissement militaire. Après le Darfour, les Forces de soutien rapide (FSR) accentuent leur pression sur le Kordofan, aggravant une crise humanitaire déjà hors de contrôle et faisant planer le risque d’une déstabilisation régionale.
Le conflit soudanais, déclenché en avril 2023, s’enfonce dans une spirale de violences sans perspective politique visible. Ces derniers jours, les Forces de soutien rapide (FSR) ont concentré leurs offensives dans la région centrale du Kordofan, engrangeant des gains territoriaux majeurs avec la prise de Babanusa puis de Heglig, site pétrolier stratégique assurant le transit du brut sud-soudanais vers Port-Soudan, sur la mer Rouge. Les villes de Kadugli et Dilling sont désormais soumises à un encerclement progressif.
Alertant le Conseil de sécurité des Nations Unies réuni en urgence, le Sous-Secrétaire général pour le Moyen-Orient, Mohamed Khaled Khiari, a mis en garde contre une dynamique de conflit « de plus en plus complexe et diffuse », soulignant l’élargissement de ses dimensions régionales et le risque croissant d’un embrasement impliquant les pays voisins.
Cette avancée au Kordofan prolonge une stratégie déjà éprouvée au Darfour. À El Fasher, capitale du Darfour du Nord et dernier bastion gouvernemental de la région, les FSR avaient imposé un siège de plus de 540 jours avant de s’emparer de la ville fin novembre, provoquant le déplacement massif de populations et révélant l’extrême brutalité des combats, marqués par des massacres de civils à caractère ethnique.
Autour d’El Obeid, capitale du Kordofan du Nord, de nombreux observateurs redoutent un scénario similaire : asphyxie progressive des villes, attaques contre les infrastructures civiles et effondrement des capacités de résistance. Une base logistique des Nations Unies à Kadugli a également été visée, causant la mort de six Casques bleus bangladais. Des attaques susceptibles de constituer des crimes de guerre.
Sur le plan humanitaire, la situation continue de se détériorer rapidement. Les sièges imposés entravent l’accès à la nourriture, aux soins et à l’aide d’urgence. Autour d’El Obeid, les bombardements persistent, tandis que des civils seraient empêchés de fuir et soumis à des recrutements forcés. Les travailleurs humanitaires sont eux-mêmes pris pour cible, à l’image de l’attaque récente contre un convoi du Programme alimentaire mondial.
Pour plusieurs analystes, l’absence de réaction internationale à la hauteur et l’afflux continu de soutiens extérieurs alimentent une guerre désormais pleinement internationalisée. À l’approche du millième jour de conflit, le Soudan apparaît comme un champ de bataille mouvant, sans ligne rouge ni perspective de résolution, où les civils paient le prix le plus lourd.
Le conflit soudanais a éclaté en avril 2023 après la rupture entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide. Depuis, le pays est plongé dans l’une des pires crises humanitaires au monde, marquée par des déplacements massifs de populations, des violences contre les civils et un effondrement progressif des structures étatiques.
DM/ac/Sf/APA







