L’Algérie pourrait bien revivre un cycle de contestation dont les séquelles de 2019 avaient seulement été gelées, jamais résolues.
Alors que le pouvoir algérien multiplie les critiques contre la gestion marocaine des récentes manifestations de jeunes, la rue algérienne s’apprête à renouer avec ses propres fantômes. La génération Z, sous la bannière « GenZ213 », appelle à descendre dans les rues ce vendredi 3 octobre pour protester contre une impasse politique et socio-économique qui s’aggrave.
Selon des publications virales sur les réseaux sociaux, ce mouvement veut raviver l’esprit du Hirak de 2019, qui avait secoué le pays jusqu’à la chute d’Abdelaziz Bouteflika. L’analyste politique Oualid Kebir évoque des « marches pacifiques après la prière du vendredi » dans plusieurs provinces, avec pour objectif d’exprimer le rejet populaire de « la corruption, de la stagnation économique et du monopole politique de l’élite dirigeante ».
L’Algérie est confrontée à une situation économique alarmante. Le chômage des jeunes dépasse les 30 %, tandis que l’inflation et le coût de la vie laminent le pouvoir d’achat. À ces fragilités structurelles s’ajoute l’absence de réformes politiques crédibles, le régime se contentant d’une rente gazière et pétrolière en déclin progressif. Dans ce contexte, la génération montante, souvent qualifiée de « sacrifiée », semble déterminée à reprendre le flambeau de la contestation.
Cette résurgence survient alors que les médias publics algériens s’acharnent à critiquer la manière dont le Maroc a géré les manifestations de jeunes dénonçant, ces derniers jours, les insuffisances de son système de santé et d’éducation. Le contraste est saisissant : un régime qui se pose en donneur de leçons à l’étranger, alors que ses propres failles sociales et politiques attisent une contestation interne.
Le spectre du Hirak de 2019 plane à nouveau sur Alger et les grandes villes du pays. À l’époque, la rue avait imposé le départ de Bouteflika, mais le système s’était recomposé autour des mêmes figures, verrouillant tout véritable changement. Aujourd’hui, les observateurs s’interrogent : la génération Z parviendra-t-elle à contourner les tactiques répressives du régime, qui n’a jamais hésité à criminaliser la dissidence ?
L’appel à marcher jusqu’à El-Mouradia, le palais présidentiel, marque une escalade symbolique. Pour beaucoup, il s’agit moins d’un sursaut isolé que d’un signal : la société algérienne, enfermée dans un statu quo politique, pourrait de nouveau entrer en ébullition, alors même que le régime se projette comme une « voix géopolitique » sur la scène internationale.
En interne, la légitimité du pouvoir s’érode. Et si la génération Z réussit à mobiliser au-delà des réseaux sociaux, l’Algérie pourrait bien revivre un cycle de contestation dont les séquelles de 2019 avaient seulement été gelées, jamais résolues.
MK/ac/Sf/APA







