Le recul de la faim observé en Afrique pour la première fois depuis près de dix ans doit être consolidé par des politiques et des investissements durables, estime l’économiste en chef de la FAO, Máximo Torero.
L’Afrique a enregistré en 2025 son premier recul de l’insécurité alimentaire depuis près de dix ans, mais ces progrès restent fragiles et devront être consolidés par des investissements durables dans les systèmes alimentaires, estime Máximo Torero, économiste en chef de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Dans une tribune publiée à l’occasion de la présentation du rapport annuel sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, il souligne que la proportion de la population souffrant de la faim est passée de 20,3 % en 2024 à 20 % en 2025.
Selon lui, la prévalence de l’insécurité alimentaire modérée ou grave a également reculé, passant de 58,5 % à 56,6 %, soit 8,6 millions de personnes de moins touchées. Les cas de retard de croissance chez les enfants diminuent aussi.
« Ce changement, certes modeste, pourrait constituer un véritable tournant », affirme Máximo Torero. Il estime toutefois que le prochain défi consiste à rendre ces progrès irréversibles en garantissant à tous l’accès à une alimentation saine.
L’économiste de la FAO considère que les investissements dans la recherche agricole, les infrastructures rurales, les services vétérinaires, les chaînes d’approvisionnement et les systèmes statistiques ont contribué à ces résultats, malgré la baisse des financements extérieurs.
Il appelle les gouvernements africains à renforcer leurs capacités nationales et à réorienter leurs dépenses publiques vers les secteurs susceptibles de réduire durablement le coût des aliments nutritifs.
L’auteur cite plusieurs pays ayant enregistré des progrès durables au cours des deux dernières décennies, notamment le Sénégal, où la proportion de personnes souffrant de la faim est passée de 15,8 % à 5,3 %.
Il mentionne également le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Rwanda et le Mozambique, estimant que ces résultats sont le fruit de politiques publiques cohérentes plutôt que de conditions climatiques favorables.
Pour consolider ces acquis, l’économiste préconise de réorienter les subventions agricoles vers la santé animale, l’aquaculture, les chaînes du froid, les routes rurales, l’accès à une énergie moins coûteuse et la recherche sur les cultures nutritives.
Il rappelle toutefois que l’aide internationale demeure indispensable dans les pays confrontés aux conflits et aux crises alimentaires aiguës. Il avertit également que les réductions récentes des financements extérieurs pourraient affecter les progrès observés dès 2026.
Malgré ces avancées, le continent demeure la région la plus touchée par la faim. Il compte encore 309 millions de personnes sous-alimentées et pourrait concentrer, d’ici à 2030, 56 % des personnes souffrant de la faim dans le monde.
Máximo Torero relève également que deux Africains sur trois n’ont toujours pas les moyens de s’offrir une alimentation saine. Le coût élevé des produits d’origine animale, des fruits, des légumes et des légumineuses reste, selon lui, le principal obstacle.
« Une seule année de progrès ne suffit pas à établir une tendance, mais elle permet de mieux cerner la tâche à accomplir », conclut Máximo Torero, appelant les gouvernements africains à faire de l’accès à une alimentation saine la prochaine priorité de leurs politiques publiques.
ARD/ac/APA







