Des dirigeants africains et d’anciens chefs d’État ont plaidé mercredi à Accra pour un leadership fondé sur une vision à long terme, le développement du capital humain et la transformation économique du continent, à l’ouverture de l’Elevate Africa Annual Convening 2026, organisé autour du thème « L’Afrique définit son avenir », a constaté APA.
Prenant la parole lors de cette rencontre, le président sierra-léonais Julius Maada Bio a estimé que la génération actuelle de dirigeants devait donner une portée économique plus importante à l’indépendance politique conquise par les précédentes générations.
« Leur combat nous a valu l’indépendance politique. Le nôtre, celui de cette génération, est de donner à cette indépendance une plus grande portée économique et de faire en sorte qu’elle améliore la vie de nos peuples », a-t-il déclaré.
Selon lui, les mutations des relations économiques mondiales, les difficultés croissantes de financement du développement et les transformations technologiques imposent aux pays africains de mieux défendre leurs intérêts. Il a appelé le continent à aborder ces changements avec confiance et à prendre des décisions capables d’élargir les perspectives offertes aux générations futures.
L’ancien président nigérian Goodluck Jonathan a, pour sa part, insisté sur la nécessité d’une vision claire et d’une planification à long terme pour conduire les politiques publiques. Il a estimé que les pays africains devaient renforcer leurs institutions, promouvoir l’intégrité dans la gestion publique et privilégier les compétences dans les nominations aux postes de responsabilité.
Évoquant les trajectoires de Singapour et de l’Inde, il a souligné l’importance de l’éducation, de la formation des talents et de la mobilisation des compétences scientifiques et technologiques pour soutenir le développement. L’Afrique doit, selon lui, investir dans son capital humain afin de concevoir et de produire ses propres technologies, plutôt que de se limiter à les importer et à les utiliser.
« Nous devons être capables de concevoir et de fabriquer des technologies au Nigéria, au Ghana et ailleurs en Afrique », a-t-il affirmé, appelant à la création d’institutions capables de former les talents nécessaires à l’industrialisation du continent.
L’ancienne présidente mauricienne Ameenah Gurib-Fakim a également mis l’accent sur les obstacles structurels à la transformation économique africaine, notamment le déficit d’investissement dans la science et la technologie, ainsi que l’insuffisance des infrastructures économiques et scientifiques.
Elle a souligné que la fragmentation des marchés africains limitait les investissements à long terme et les financements nécessaires à l’innovation. À cet égard, elle a présenté la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) comme un levier permettant d’élargir les marchés, de favoriser l’industrialisation et de stimuler les échanges intra-africains.
La transformation économique du continent dépend toutefois, selon elle, de sa capacité à combler son retard scientifique et technologique, à former les compétences adaptées aux besoins de ses économies et à développer des activités manufacturières susceptibles de créer des emplois productifs.
Le leadership à l’épreuve des résultats
Dans son discours d’ouverture, Ogiame Atuwatse III, 21e Olu de Warri et cofondateur d’Elevate Africa, a invité les dirigeants à évaluer leur héritage à l’aune des possibilités qu’ils laissent aux générations suivantes.
« L’histoire nous jugera moins sur ce que nous possédons que sur ce que nous avons bâti, moins sur ce dont nous avons hérité que sur ce que nous avons transmis », a-t-il déclaré.
Le souverain traditionnel nigérian a appelé à investir davantage dans les talents, à élargir l’accès aux opportunités et à créer des environnements dans lesquels les compétences et le mérite priment sur les relations personnelles. Il a également invité la diaspora africaine à contribuer au développement du continent par ses connaissances, son accompagnement et ses réseaux professionnels, au-delà du seul soutien financier.
La maire de Tema, Ebi Bright, a, de son côté, insisté sur le rôle de la gouvernance locale dans la concrétisation des ambitions continentales. Elle a estimé que les grandes politiques, notamment celles liées à l’intégration économique, ne pouvaient produire leurs effets sans des institutions locales capables de les traduire en résultats concrets pour les populations.
Elle a notamment appelé les dirigeants à veiller à ce que les engagements pris lors de rencontres de haut niveau se traduisent par des améliorations tangibles dans les marchés, les écoles et les communautés.
Une déclaration attendue sur le leadership africain
La rencontre, fondée en 2024 par Ogiame Atuwatse III et son épouse, Olori Atuwatse III, réunit des dirigeants politiques, des investisseurs, des personnalités culturelles, des représentants de la diaspora et de jeunes leaders autour de trois axes : le leadership et la gouvernance, le commerce et l’investissement, ainsi que la culture et le patrimoine.
Une table ronde présidentielle intitulée « Promouvoir le leadership africain » doit réunir Julius Maada Bio, Goodluck Jonathan, Ameenah Gurib-Fakim et l’ancienne présidente malawite Joyce Banda, sous la modération du journaliste de la BBC Waihiga Mwaura.
Les discussions doivent déboucher sur la Déclaration d’Accra. Dans son message de bienvenue, le souverain traditionnel ga, Tackie Teiko Tsuru II, représenté par un émissaire, a appelé à faire reposer ce texte sur des mécanismes institutionnels et des engagements opérationnels susceptibles de produire des résultats concrets pour la jeunesse africaine.
Les travaux se poursuivent jeudi autour de l’économie créative, de la jeunesse et de la diaspora, avec des discussions consacrées notamment à la musique, au cinéma, à la mode et aux contenus numériques africains.
AC/Sf/APA





