Face à la recrudescence des manifestations anti-immigrés et à la montée des tensions xénophobes, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a annoncé un renforcement significatif de la lutte contre l’immigration irrégulière, avec de nouvelles mesures destinées à sécuriser les frontières et à sanctionner les employeurs recourant à une main-d’œuvre étrangère sans papiers.
Dans une allocution télévisée diffusée dimanche soir, le chef de l’État a reconnu les défaillances du dispositif migratoire sud-africain et assuré que son gouvernement mettrait en œuvre des « mesures décisives » pour restaurer la confiance de la population.
« Il y a eu des faiblesses dans la manière dont la migration a été gérée. Il y a eu des insuffisances dans l’application rigoureuse et ciblée de la loi. Des cas de corruption ont également été constatés. Certaines lacunes dans nos systèmes ont érodé la confiance du public », a déclaré M. Ramaphosa.
Le président a détaillé un ensemble de réformes visant à mieux contrôler les flux migratoires. Celles-ci comprennent notamment le renforcement de la lutte contre la corruption au sein des services chargés de l’application de la loi et l’intensification des contrôles visant les entreprises employant des travailleurs étrangers en situation irrégulière.
Selon lui, la nouvelle Politique nationale sur la migration de la main-d’œuvre, récemment finalisée, prévoit l’instauration de quotas limitant le recours aux travailleurs étrangers en situation régulière dans certains secteurs, ainsi qu’un durcissement des poursuites contre les employeurs contrevenants.
Les sanctions applicables aux entreprises recrutant des migrants sans papiers seront également renforcées, a-t-il précisé.
Dans le même temps, le ministère de l’Emploi et du Travail a lancé le recrutement de 10 000 inspecteurs supplémentaires afin d’accroître la surveillance du marché du travail et de veiller au respect de la législation.
Le chef de l’État a par ailleurs annoncé la création de juridictions spécialisées en matière migratoire afin d’accélérer le traitement des dossiers et les procédures d’expulsion. Les centres d’accueil des demandeurs d’asile seront progressivement relocalisés à proximité des postes-frontières dans le cadre d’une réforme du système d’asile.
M. Ramaphosa a également souligné les résultats enregistrés par l’Autorité de gestion des frontières, affirmant que plus de 450 000 tentatives d’entrée illégale avaient été déjouées au cours des douze derniers mois.
Tout en réaffirmant que l’application des lois migratoires relève exclusivement des autorités compétentes, il a appelé les citoyens à ne pas prendre la justice entre leurs mains ni à cibler les ressortissants étrangers.
Cette prise de parole intervient alors que plusieurs mouvements hostiles à l’immigration gagnent en visibilité dans le pays. L’opération baptisée « Benoni Shutdown », prévue ce lundi, s’inscrit dans une série de manifestations ayant parfois dégénéré en attaques contre des commerces tenus par des étrangers, en agressions de chauffeurs routiers et en campagnes accusant les migrants d’être responsables du chômage et de l’insécurité.
Depuis 2008, l’Afrique du Sud est régulièrement secouée par des épisodes de violences xénophobes, nourris par un contexte économique difficile, un chômage persistant et la diffusion de discours stigmatisants à l’égard des populations étrangères.
Malgré ce climat tendu, le président sud-africain a insisté sur le fait que « les Sud-Africains ne sont pas xénophobes » et a promis de s’attaquer aux groupes qui exploitent les frustrations populaires à des fins politiques ou criminelles.
JN/lb/te/APA





