Une étude menée auprès de médecins généralistes en Tunisie révèle l’existence d’inégalités discrètes dans la communication médicale envers les patients les plus modestes, malgré des diagnostics similaires.
Une étude expérimentale conduite auprès de 130 médecins généralistes en Tunisie met en évidence des formes subtiles d’inégalités dans la relation entre médecins et patients selon leur milieu socio-économique, notamment dans la qualité des explications et des conseils fournis lors des consultations.
Les résultats reposent sur une expérience d’audit utilisant des patients standardisés, formés pour se présenter chez les praticiens avec les mêmes symptômes médicaux.
Les chercheurs ont envoyé deux patients simulés auprès de chaque médecin, tous présentant les symptômes d’une bronchite aiguë, une pathologie courante qui ne nécessite généralement pas d’antibiotiques. La seule variable modifiée concernait la présentation sociale des patients.
Certains adoptaient l’apparence et l’attitude de personnes issues de milieux modestes, avec une communication hésitante et des vêtements simples, tandis que d’autres se présentaient comme appartenant à la classe moyenne.
Les résultats montrent que les diagnostics et décisions thérapeutiques ne différaient pas selon le profil social des patients. Les médecins ne semblaient pas délivrer des soins cliniques de moindre qualité aux personnes perçues comme plus pauvres. Toutefois, l’étude révèle une forme plus discrète d’inégalité : les patients modestes recevaient moins d’explications sur leur état de santé, sur les raisons des traitements prescrits et sur les démarches à suivre en cas d’aggravation des symptômes.
L’enquête met également en lumière un problème plus large concernant la qualité globale des prescriptions. Seul environ un patient sur trois était pris en charge conformément aux bonnes pratiques médicales, tandis que plus de 90 % des patients recevaient des traitements jugés inutiles, principalement des antibiotiques ou des stéroïdes. Ce phénomène, observé dans plusieurs pays à revenu intermédiaire, alimente les inquiétudes liées à la résistance aux antibiotiques.
Les chercheurs ont également constaté que les patients les plus modestes avaient moins souvent à payer leurs médicaments, les médecins leur fournissant parfois des échantillons gratuits provenant de laboratoires pharmaceutiques. Si cette pratique peut apparaître comme un geste de solidarité, elle ne modifie pas la pertinence médicale des prescriptions lorsque les médicaments ne sont pas nécessaires.
MK/AK/Sf/APA






