La Société de néphrologie du Mali (SONEMA) a alerté la ministre de la Santé sur la saturation des centres de dialyse et les difficultés d’accès aux soins pour des centaines de patients atteints d’insuffisance rénale chronique, tout en plaidant pour le renforcement de la prévention, l’adoption de normes nationales et l’accélération du projet de transplantation rénale.
Selon les données présentées par les autorités sanitaires, 574 personnes étaient en attente d’une place en hémodialyse en mars 2025, tandis que 815 patients étaient déjà pris en charge dans les différents centres spécialisés du pays.
Au cours de la rencontre, la SONEMA a dressé un état des lieux préoccupant de la prise en charge des maladies rénales. Les spécialistes ont évoqué l’insuffisance des capacités d’accueil, les difficultés liées au suivi des patients, les lacunes dans la collecte des données épidémiologiques ainsi que les contraintes techniques affectant le fonctionnement des unités de dialyse.
Le CHU du Point G, principal centre de référence en néphrologie au Mali, concentre à lui seul l’essentiel de cette pression. L’établissement comptait 435 patients en attente d’une séance d’hémodialyse et ne disposait que de 30 générateurs opérationnels sur un parc de 42 appareils.
Les autres structures spécialisées enregistrent également des listes d’attente importantes, avec 60 patients au Centre de santé de référence de la Commune IV de Bamako, 44 à celui de la Commune V et 35 au Centre médico-chirurgical des armées.
Une maladie qui touche une population jeune
L’hémodialyse constitue un traitement vital pour les personnes dont les reins ne parviennent plus à éliminer correctement les déchets et l’excès d’eau de l’organisme. Cette prise en charge impose généralement trois séances hebdomadaires et nécessite un approvisionnement permanent en générateurs, filtres, médicaments, consommables médicaux et systèmes de traitement de l’eau, ainsi qu’un personnel hautement qualifié.
Pour les malades résidant hors de Bamako, la concentration des infrastructures dans la capitale entraîne de longs déplacements, des coûts élevés de transport et des interruptions fréquentes d’activité professionnelle.
Les données de la SONEMA montrent par ailleurs que plus de 60 % des personnes atteintes d’insuffisance rénale chronique au Mali sont âgées de 20 à 40 ans, soulignant l’impact socio-économique de cette pathologie sur une population active.
Des études réalisées au CHU du Point G confirment cette tendance. L’une, menée auprès de 150 patients en hémodialyse chronique, fait ressortir un âge moyen de 40,45 ans. Elle révèle également que 60 % des patients disposent de faibles revenus et que le taux de mortalité observé au cours du suivi atteignait 37,3 %.
Une autre étude portant sur 62 patients admis en urgence pour une première dialyse fait état d’un âge moyen de 36,82 ans et d’une létalité de 69,35 %, les malades étant généralement pris en charge à un stade très avancé de la maladie, marqué notamment par une anémie sévère, une diminution importante de la diurèse, des vomissements ou une accumulation massive de toxines dans le sang.
Accélérer la prévention et la transplantation
Face à cette situation, la SONEMA préconise l’élaboration d’un référentiel national définissant les normes d’ouverture et de fonctionnement des centres de dialyse. Ce cadre devrait préciser les exigences relatives aux équipements, au traitement de l’eau, à la maintenance des appareils, à la prévention des infections, à la qualification du personnel et au suivi des patients.
Les néphrologues souhaitent également développer la dialyse péritonéale, une technique utilisant la membrane péritonéale comme filtre naturel, particulièrement adaptée dans certains cas d’insuffisance rénale aiguë chez l’enfant comme chez l’adulte.
La prévention constitue un autre axe prioritaire. Les spécialistes rappellent que l’hypertension artérielle et le diabète demeurent les principales causes de l’insuffisance rénale chronique. Un dépistage précoce, reposant sur la mesure de la tension artérielle, la recherche de protéines dans les urines et le dosage de la créatinine sanguine, permet de détecter précocement les atteintes rénales et de retarder leur évolution.
La SONEMA a enfin demandé l’accélération du projet de transplantation rénale. Si le conseil d’administration du CHU du Point G avait adopté un premier projet de greffe dès février 2005 et que le Mali s’est doté, en juin 2009, d’une loi encadrant le prélèvement et la transplantation d’organes, la mise en œuvre effective du programme reste en attente.
Les études préparatoires avaient pourtant identifié les principaux besoins : formation d’équipes multidisciplinaires, acquisition d’équipements spécialisés, développement des analyses de compatibilité et disponibilité durable des traitements immunosuppresseurs. Plusieurs patients maliens ont déjà été préparés au CHU du Point G avant d’être greffés à l’étranger puis suivis à leur retour.
À l’issue de la rencontre, la ministre de la Santé a insisté sur le renforcement de la prévention, de l’information des populations, du suivi des malades et de la collecte des données sanitaires. Elle a également appelé à une meilleure coordination entre les établissements hospitaliers, les spécialistes, les associations de patients et les autres acteurs du secteur afin d’améliorer durablement la prise en charge des maladies rénales au Mali.
MD/te/APA







