Le Sénégal entend renforcer son appareil productif et réduire sa dépendance aux importations à travers une politique d’industrialisation axée sur la transformation locale, le développement des agropoles et le soutien aux entreprises nationales.
Cette orientation a été défendue samedi par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, devant les commissions des Finances et des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, lors de l’examen du budget 2027 de son département.
Pour mettre en œuvre cette ambition, le ministère sollicite 58,715 milliards FCFA en crédits de paiement pour 2027, contre 150,134 milliards FCFA en 2026, soit une baisse de 60,89 %. En autorisations d’engagement, l’enveloppe proposée s’élève à 62,868 milliards FCFA, contre 355,933 milliards FCFA l’année précédente.
Devant les parlementaires, Serigne Guèye Diop a présenté cette politique comme un instrument de mise en œuvre de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050, avec pour objectif de faire émerger un tissu industriel plus compétitif, capable de valoriser les ressources nationales et de répondre davantage à la demande intérieure.
La substitution aux importations constitue l’un des principaux leviers de cette stratégie. Le ministre a notamment cité les résultats de la régulation des importations de produits agricoles, qui vise à donner la priorité aux récoltes locales avant de compléter l’approvisionnement par les importations.
Dans la filière oignon, la production nationale a couvert 229 jours de consommation en 2026. Celle de la carotte a assuré l’approvisionnement du marché pendant onze mois, tandis que le gel des importations de pommes de terre, instauré le 15 janvier, n’a été levé que le 4 novembre. Pour le gouvernement, cette démarche doit progressivement s’étendre à l’ensemble des filières agro-industrielles stratégiques afin de renforcer la souveraineté alimentaire.
Les agropoles et les pôles industriels en première ligne
L’industrialisation des territoires constitue un autre axe majeur du programme. À Diamniadio, la Plateforme industrielle internationale affiche un taux de remplissage de 100 %, avec 42 entreprises opérationnelles et huit réservataires. Les activités des entreprises installées ont permis de générer environ 2 079 emplois, pour un investissement cumulé déclaré de 17,17 milliards FCFA.
Le ministère mise également sur les agropoles pour rapprocher les unités de transformation des bassins de production. Dans le Sud, le module régional de Kolda affiche un taux d’exécution de 98 %, tandis que le module central d’Adéane est en phase de finalisation.
En 2027, le gouvernement prévoit notamment le démarrage des modules de Kaffrine et de Kaolack, ainsi que des onze plateformes du Centre. Les travaux des infrastructures du Sud doivent également se poursuivre, avec l’objectif d’achever les réalisations de Kolda et d’Adéane.
À Matam, un pôle industriel consacré au phosphate et aux engrais est également en développement sur 500 hectares. Le projet prévoit la mise en place d’une holding nationale dédiée à cette filière stratégique et la création d’unités de production d’urée et d’ammoniac à partir du gaz naturel.
Les PME et le pouvoir d’achat au programme
Le soutien aux petites et moyennes entreprises figure également parmi les priorités. Selon le ministre, l’ADEPME a accompagné plus de 8 000 micro, petites et moyennes entreprises, tandis que les programmes ETER et PAAICE ont permis de mobiliser 3,4 milliards FCFA de financements.
Dans le domaine du commerce intérieur, le gouvernement entend poursuivre les mesures de surveillance des marchés et de régulation des prix pour préserver le pouvoir d’achat des ménages. Serigne Guèye Diop a fait état d’une disponibilité de 312 000 tonnes de riz sur le marché national, correspondant à plus de trois mois de consommation.
La modernisation de la distribution figure également dans les perspectives de 2027, avec la mise en place d’un réseau national de boutiques de référence comprenant des supérettes, des supermarchés et des hypermarchés. Une centrale nationale d’achat doit accompagner ce dispositif afin de faciliter les achats groupés et les relations directes avec les zones industrielles et les bassins agricoles.
À travers ces différents programmes, le ministère entend articuler production locale, transformation industrielle, financement des entreprises et modernisation du commerce. L’enjeu affiché est de renforcer la place des entreprises sénégalaises dans l’économie nationale et de faire de la transformation des ressources locales un moteur de croissance et de souveraineté économique.
TE/APA





