Après les glissements de terrain provoqués par les récentes pluies, le président tunisien a choisi d’alerter sur les atteintes au patrimoine, une approche qui interroge sur la responsabilité institutionnelle dans la gestion urbaine et environnementale.
Les images de glissements de terrain survenus à Sidi Bou Saïd ont été largement interprétées comme la conséquence directe d’épisodes climatiques extrêmes. À Carthage, la lecture retenue par le président Kaïs Saïed s’est voulue différente. En recevant, mercredi 28 janvier, la ministre des Affaires culturelles Amina Srarfi, le chef de l’État a choisi de déplacer le débat du terrain des infrastructures et de la prévention des risques vers celui du patrimoine et de l’urbanisation jugée anarchique.
Ce choix n’est pas anodin. Plutôt que de mobiliser les départements traditionnellement en charge de l’Aménagement du territoire, de l’Equipement ou de l’Environnement, le président a adressé son message au secteur culturel, désignant implicitement des décennies de dérogations architecturales et de permissivité dans la gestion des sites protégés comme causes profondes des désordres observés. Une manière de souligner les responsabilités accumulées, mais aussi de s’exonérer partiellement d’un débat plus large sur la gouvernance actuelle des villes et la résilience des infrastructures.
Selon Kaïs Saïed, Sidi Bou Saïd, en tant que site patrimonial emblématique, aurait vu son équilibre fragilisé par des constructions récentes ne respectant ni le style architectural ni les contraintes naturelles du terrain. Les glissements de terrain apparaissent dès lors moins comme un accident ponctuel que comme le symptôme d’un désordre structurel toléré dans le temps. Le diagnostic est sévère, mais il repose sur une lecture essentiellement patrimoniale d’un phénomène où se mêlent aussi urbanisation mal maîtrisée, pression foncière et insuffisance des politiques de prévention.
Le président a rappelé le rôle central de l’Institut national du patrimoine et de l’Agence de mise en valeur du patrimoine, appelés à renforcer leur vigilance face aux atteintes au bâti historique. Il a également insisté sur la nécessité d’accélérer la procédure d’inscription de Sidi Bou Saïd sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, estimant qu’un cadre international plus contraignant pourrait offrir une protection durable au site.
Si Kaïs Saïed a donné des instructions pour apporter des solutions rapides aux habitants affectés, dans le respect du cadre légal, son discours a surtout mis en lumière une constante de sa gouvernance : privilégier une lecture morale et institutionnelle des crises plutôt qu’une remise en cause explicite des politiques publiques en cours. Les intempéries ont également servi de point de départ à une réflexion plus large sur la mise au jour de vestiges archéologiques et sur les réseaux de contrebande, autant de sujets qui élargissent le propos mais diluent la question centrale de la planification urbaine.
MK/AK/Sf/APA







