Le président tunisien Kaïs Saïed a réaffirmé ces derniers jours la nécessité d’accélérer le rythme des réformes et de l’action publique, dans un contexte marqué par une centralisation accrue du pouvoir et des attentes sociales toujours insatisfaites.
Le président tunisien Kaïs Saïed a multiplié, en l’espace de quelques jours, les réunions avec les chefs des pouvoirs exécutif et législatif pour appeler à une accélération générale de l’action de l’État, présentée comme une réponse directe aux attentes des citoyens. Ces échanges, intervenus dans le prolongement des commémorations du 17 décembre, date fondatrice de la révolution tunisienne, s’inscrivent dans une séquence politique dominée par un discours de mobilisation nationale et de rupture avec les pratiques passées.
Selon la présidence, le chef de l’État entend tirer les conséquences du « mandat populaire » qui lui aurait été renouvelé à plusieurs reprises depuis 2019, et plus particulièrement depuis les décisions exceptionnelles prises le 25 juillet 2021. Ces décisions ont profondément reconfiguré l’architecture institutionnelle du pays, avec la suspension puis la refonte du Parlement, l’adoption d’une nouvelle Constitution en 2022 et la mise en place de nouvelles institutions, dont un Parlement bicaméral aux prérogatives limitées.
Dans ce cadre, Kaïs Saïed a exhorté le gouvernement à « changer de rythme » et à rompre avec ce qu’il qualifie de gestion fragmentée des dossiers publics.
La cheffe du gouvernement a, dans la foulée, présidé un Conseil des ministres consacré à la coordination de l’action gouvernementale et à l’amélioration du fonctionnement des services publics. Officiellement, l’objectif affiché est de traduire l’« accélération » en décisions concrètes touchant l’ensemble des secteurs, dans un contexte économique et social marqué par la stagnation, l’inflation persistante et la dégradation du pouvoir d’achat.
Sur le plan institutionnel, le président a également associé les présidents des deux Chambres parlementaires à cette séquence, leur rappelant leur devoir de « servir la patrie » et de s’inscrire sans réserve dans la nouvelle dynamique politique. Cette démarche illustre toutefois la place subordonnée du pouvoir législatif dans le système mis en place depuis 2021, largement dominé par l’exécutif présidentiel.
Quatre ans après le tournant du 25 juillet, le discours de la vitesse et de l’urgence semble ainsi pallier l’absence de résultats tangibles, tandis que la concentration du pouvoir autour de la présidence continue de susciter interrogations et inquiétudes sur l’équilibre institutionnel et la capacité de l’État à répondre durablement aux attentes des Tunisiens.
MK/ak/Sf/APA






