Le Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) appelle à une transformation en profondeur de l’éducation catholique sur le continent, en plaçant au cœur de ses priorités la qualité de l’enseignement, l’inclusion, la formation aux valeurs, l’employabilité des jeunes, la transition numérique et l’usage responsable de l’intelligence artificielle.
L’engagement du SCEAM pour la qualité des enseignements figure dans la Déclaration d’Addis-Abeba sur l’éducation catholique, adoptée à l’issue de la première Conférence continentale sur l’éducation catholique, organisée du 5 au 8 août 2026 dans la capitale éthiopienne. La rencontre a réuni des présidents de Conférences épiscopales, des évêques, des responsables d’universités et d’écoles catholiques, des éducateurs, des membres d’instituts religieux, des jeunes et différents partenaires du secteur éducatif.
À travers cette déclaration, les participants entendent adapter le modèle éducatif catholique aux mutations et aux défis auxquels l’Afrique est confrontée, tout en préservant son identité et sa mission fondées sur l’Évangile.
Former au-delà des connaissances
Pour le SCEAM, l’école catholique ne doit pas se limiter à la transmission des connaissances. Elle doit contribuer à la formation intégrale de la personne, en associant excellence académique, développement spirituel, formation morale, compétences intellectuelles et sociales et responsabilité environnementale.
Cette approche prend une importance particulière dans un continent confronté à de profondes transformations démographiques, économiques et sociales. Pauvreté, chômage, conflits, déplacements forcés, inégalités, changement climatique et insuffisance des ressources éducatives figurent parmi les défis identifiés par les participants.
La déclaration souligne parallèlement les opportunités offertes par la recherche, l’innovation, les technologies numériques et l’intelligence artificielle pour améliorer les méthodes d’enseignement et élargir l’accès au savoir.
L’école comme outil de paix
Dans un contexte marqué par des crises sécuritaires et des tensions communautaires dans plusieurs régions africaines, le SCEAM veut également renforcer la dimension citoyenne et pacificatrice de l’éducation.
Les institutions catholiques sont invitées à promouvoir le leadership éthique, la citoyenneté responsable, la réconciliation et la consolidation de la paix. L’école est présentée comme un espace où les enfants et les jeunes peuvent apprendre, dès le plus jeune âge, à construire des relations fondées sur le respect, le dialogue et l’harmonie.
Cette mission doit également s’appuyer sur les valeurs positives des cultures africaines et sur une éducation ouverte aux réalités du monde contemporain.
Une priorité aux plus vulnérables
La déclaration insiste par ailleurs sur la nécessité de rendre l’enseignement catholique davantage accessible aux populations défavorisées.
Le SCEAM préconise notamment d’élargir l’accès aux enfants et aux jeunes issus de familles pauvres, aux personnes handicapées, aux déplacés et aux communautés marginalisées. Les établissements catholiques sont également appelés à renforcer les mécanismes de protection des enfants et des personnes vulnérables afin de garantir des environnements scolaires sûrs, inclusifs, transparents et responsables.
Les participants mettent aussi l’accent sur le bien-être des enseignants et des éducateurs, ainsi que sur leur recrutement, leur formation initiale et leur perfectionnement professionnel.
L’intelligence artificielle comme nouveau défi
L’un des aspects les plus novateurs de la déclaration concerne la place accordée aux nouvelles technologies et à l’intelligence artificielle.
Le SCEAM encourage les institutions catholiques à investir dans ces outils pour l’enseignement, l’apprentissage, la recherche et l’administration, tout en appelant à leur utilisation éthique et responsable.
Cette orientation traduit la volonté de l’Église catholique de ne pas rester en marge des mutations technologiques qui bouleversent déjà les systèmes éducatifs africains. Elle pose également la question de l’accès équitable aux infrastructures numériques, de la formation des enseignants et de la capacité des établissements à préparer les jeunes aux métiers de demain.
Former pour créer des emplois
Le SCEAM veut également rapprocher davantage l’enseignement des réalités économiques africaines.
La déclaration recommande de renforcer la recherche, l’innovation, l’entrepreneuriat et le développement des compétences afin que les formations dispensées correspondent davantage aux besoins et aux aspirations du continent. L’objectif est notamment de permettre aux jeunes diplômés de devenir non seulement des demandeurs d’emploi, mais aussi des acteurs capables de créer des activités et des emplois.
Cette orientation intervient alors que l’emploi des jeunes constitue l’un des défis majeurs pour les économies africaines, confrontées à une population jeune en forte croissance et à des marchés du travail qui peinent encore à absorber les nouveaux diplômés.
Vers une stratégie continentale
Pour assurer le suivi des engagements pris à Addis-Abeba, le SCEAM recommande la création d’une Commission épiscopale du SCEAM pour l’enseignement catholique.
Cette commission serait chargée d’élaborer un cadre continental pour le système éducatif catholique, de favoriser la coopération entre les institutions, de mettre en place des mécanismes de suivi et d’évaluation et d’encourager chaque Conférence épiscopale à élaborer un plan national de mise en œuvre.
Le SCEAM appelle également les gouvernements africains à reconnaître et soutenir la contribution des établissements catholiques au développement national. Les universités, écoles, congrégations religieuses, familles, partenaires au développement, l’Union africaine et les organisations internationales sont invités à s’associer à cette dynamique.
Au-delà de la dimension confessionnelle, la Déclaration d’Addis-Abeba inscrit ainsi l’éducation catholique dans les grands enjeux du développement africain : qualité des compétences, insertion professionnelle des jeunes, cohésion sociale, paix, transition numérique, protection des personnes vulnérables et préservation de l’environnement.
Pour ses signataires, l’enjeu est désormais de transformer ces engagements en actions concrètes afin que les établissements catholiques puissent continuer à former des professionnels compétents, des dirigeants éthiques, des entrepreneurs innovants et des citoyens capables de contribuer au développement et à la stabilité de l’Afrique et de Madagascar.
TE/Sf/APA







