Faute de financements suffisants, l’Onu alerte sur le risque de voir des millions de Congolais privés d’assistance vitale, alors que la réponse humanitaire en RDC est contrainte de se recentrer sur les situations les plus critiques, notamment dans l’Est du pays.
La République démocratique du Congo (RDC) et la communauté humanitaire ont lancé un appel urgent de 1,4 milliard de dollars pour répondre aux besoins vitaux de millions de personnes, alors que le manque de financements contraint l’aide à se concentrer uniquement sur les populations les plus vulnérables, selon un communiqué parvenu ce mercredi à APA.
Selon le document, près de 15 millions de Congolais sont actuellement en situation de détresse humanitaire. Mais faute de ressources suffisantes, l’assistance ne pourra cibler que 7,3 millions de personnes, exposées aux menaces les plus immédiates pour leur survie, principalement dans l’Est du pays.
« La combinaison de besoins immenses et de ressources limitées nous impose des choix extrêmement difficiles, parfois impossibles », a déclaré Bruno Lemarquis, Coordonnateur humanitaire des Nations Unies en RDC, cité dans le communiqué.
D’après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’Onu (OCHA), le plan de réponse humanitaire 2025 a connu une réduction drastique de son champ d’intervention, se concentrant exclusivement sur les zones affectées par trois chocs majeurs : les conflits armés, les aléas climatiques et les épidémies. Pour cette année, il couvrira 228 zones de santé, contre 332 en 2025.
Cette contraction de la réponse humanitaire intervient dans un contexte déjà critique, notamment dans l’Est de la RDC, où la situation ne cesse de se détériorer depuis janvier 2025. Le pays fait face à une crise aiguë marquée par la persistance des conflits, des déplacements et retours massifs de populations, des chocs climatiques répétés et des épidémies récurrentes.
Plus de 1000 centres de nutrition fermés
La crise est aggravée par les affrontements incessants au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri, qui ont profondément modifié les besoins humanitaires et perturbé les chaînes d’approvisionnement. L’accès aux populations est devenu plus difficile et plus dangereux que jamais dans cette partie orientale du pays de la région des Grands Lacs.
Le communiqué souligne également l’impact sévère du déficit de financement, rappelant que seulement 24 % des besoins humanitaires ont été couverts l’an dernier. Cette situation a considérablement réduit les capacités opérationnelles des acteurs humanitaires.
En 2025, le sous-financement a conduit à la fermeture de plus de 1 000 centres de nutrition, privant plus de 390 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère d’une prise en charge vitale.
En outre, environ 1,5 million de personnes ont perdu l’accès aux soins de santé primaires, en raison de la fermeture de structures, de ruptures de stocks de médicaments essentiels et d’une capacité affaiblie de prévention et de réponse aux épidémies.
Les cibles de l’aide alimentaire mensuelle ont par ailleurs été réduites de près des trois quarts, « exposant les populations les plus vulnérables à des risques accrus de faim et de privation », avertit l’Onu.
Appel à un changement de paradigme
Face à cette situation alarmante, Bruno Lemarquis appelle à un changement profond de paradigme dans la réponse aux crises humanitaires. « L’aide humanitaire sauve des vies, mais elle ne traite pas les causes profondes des crises. Les solutions sont avant tout politiques, et la quête de la paix doit être au centre de nos efforts », a-t-il insisté.
Les Nations Unies plaident également pour une rupture avec « une logique de réaction permanente », en faveur d’« une véritable culture d’anticipation et de prévention », tant en matière de conflits que de risques de catastrophes.
Malgré une crise souvent reléguée au second plan sur la scène internationale, l’Onu assure que la communauté humanitaire continue de se mobiliser aux côtés du gouvernement congolais, tout en soulignant que des financements nettement accrus restent indispensables pour élargir et intensifier l’assistance.
ARD/Sf/APA







