Alors qu’Alger revendique un rôle de leader continental au sommet de Yokohama, le pays traverse une impasse économique et diplomatique qui fragilise sa crédibilité.
À l’occasion de la 9ᵉ Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD), qui se tient à Yokohama jusqu’au 22 août, l’Algérie tente d’apparaître comme le porte-voix du continent africain. Noureddine Ouadah, ministre de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des microentreprises, y représente le président Abdelmadjid Tebboune. Mais cette posture d’influence contraste fortement avec les réalités internes du pays.
Derrière le discours officiel sur « l’innovation » et « la coopération interafricaine », Alger fait face à une crise économique d’ampleur inédite. Les réserves de change sont en chute libre, la dépendance aux hydrocarbures demeure écrasante et les réformes structurelles promises peinent à voir le jour. Le chômage des jeunes et la fuite des compétences s’aggravent, tandis que l’économie informelle absorbe une part croissante de l’activité. Dans ce contexte, l’idée d’un rôle moteur en Afrique semble davantage tenir du slogan que d’une réalité.
Sur le plan diplomatique, l’Algérie souffre d’un isolement persistant. Ses relations tendues avec le Maroc, ses prises de position ambivalentes sur le Sahel et son alignement fluctuant entre Moscou et certaines puissances régionales limitent sa capacité à fédérer. Alors que le continent est engagé dans une recomposition stratégique accélérée – entre initiatives marocaines, turques, chinoises ou encore du Golfe – Alger peine à proposer une vision consensuelle, se retrouvant souvent à contre-courant des dynamiques régionales.
La participation algérienne à la TICAD, forum de coopération initié par le Japon et l’Union africaine, se veut une vitrine internationale. Elle met en avant la « Conférence africaine des start-up », lancée par Alger en 2022. Mais si cet outil est présenté comme une plateforme panafricaine, son impact réel demeure limité hors du cercle restreint des discours officiels.
L’ambition affichée par l’Algérie d’incarner le relais des aspirations africaines à Yokohama révèle ainsi un décalage frappant : d’un côté, un récit diplomatique qui se veut mobilisateur, de l’autre, un pays englué dans ses propres fragilités économiques et confronté à une perte d’influence sur la scène régionale.
MK/ac/APA







