Réunis à Bamako, les ministres du Liptako-Gourma ont proposé de faire de l’ALG l’agence d’exécution de la Confédération des États du Sahel. Un choix stratégique pour doter l’organisation d’un outil déjà structuré, malgré les défis sécuritaires, financiers et institutionnels à surmonter.
À l’issue d’une session ministérielle tenue récemment à Bamako, l’Autorité de Développement Intégré des États du Liptako-Gourma (ALG) s’oriente vers un tournant historique. Elle pourrait devenir l’organe opérationnel de la Confédération des États du Sahel, nouvel ensemble politique né du rapprochement entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger.
Créée en 1970, l’ALG intervient sur une zone couvrant près de 370 000 kilomètres carrés, répartis entre les zones frontalières des trois pays sahéliens. Dans une région marquée par l’enclavement, la précarité économique et une insécurité persistante, l’organisation a joué un rôle important dans la gestion des ressources, le développement local et la coopération transfrontalière.
Son expérience, bien que peu visible dans les arènes politiques internationales, est reconnue sur le terrain. Elle a permis la réalisation de projets d’aménagement, d’hydraulique villageoise et de gestion environnementale. Son ancrage local, son expertise technique et son existence institutionnelle en font une structure immédiatement mobilisable.
C’est précisément ce potentiel qui motive la proposition formulée par le Conseil des ministres de l’ALG. Réunis en session extraordinaire au Centre international de conférences de Bamako, les représentants des trois États ont décidé de recommander sa transformation en agence d’exécution de la Confédération des États du Sahel. Un projet d’acte devrait être transmis aux chefs d’État en ce sens.
Un projet audacieux, des obstacles très concrets
Dans le communiqué final parvenu à APA, plusieurs mesures ont été annoncées. Il est prévu la désignation d’un administrateur provisoire pour une période de six mois, ainsi que la constitution d’un comité d’experts – trois par pays – chargé de produire un rapport stratégique dans un délai de deux mois. Ce comité devra notamment évaluer la compatibilité entre les structures internes de l’ALG et les exigences opérationnelles d’une confédération encore en construction.
Si la volonté politique est manifeste, la faisabilité du projet dépendra de plusieurs facteurs. L’instabilité sécuritaire dans certaines zones ALG pourrait limiter la liberté de mouvement et la mise en œuvre de projets. Le financement pose également question. Jusqu’ici, l’ALG a fonctionné grâce aux contributions étatiques et à l’aide internationale. L’évolution géopolitique récente, marquée par un éloignement assumé vis-à-vis de certains partenaires occidentaux, pourrait compliquer la mobilisation de financements.
Autre défi de taille c’est l’harmonisation administrative. L’intégration de l’ALG dans une architecture encore jeune, aux contours institutionnels évolutifs, suppose un ajustement de ses statuts, de ses procédures et de sa gouvernance budgétaire.
L’initiative, si elle aboutit, permettrait à la Confédération des États du Sahel de disposer d’un outil opérationnel immédiatement fonctionnel. Au lieu de créer une agence ex nihilo, les chefs d’État miseraient sur une structure éprouvée, dotée d’un personnel déjà mobilisé, d’un capital confiance dans les zones rurales et d’un historique de projets concrets.
La réussite de cette transformation dépendra toutefois de la clarté des rôles, du maintien de la rigueur technique de l’ALG et de la capacité des États membres à la protéger des interférences politiques. Si ces conditions sont réunies, l’ALG pourrait s’imposer comme le bras armé du développement intégré sahélien en ce sens qu’elle serait un acteur discret, mais essentiel, de la concrétisation du projet confédéral.
MD/ac/Sf/APA