Le président tchadien est arrivé ce mercredi 6 août dans la capitale nigérienne, où il a été reçu par le général Abdourahamane Tiani. Cette visite officielle marque un nouveau jalon dans les relations bilatérales entre Ndjamena et Niamey, sur fond de recomposition géopolitique sahélienne.
Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno est arrivé ce mercredi 6 août à Niamey pour une visite de travail et d’amitié de 48 heures, à l’invitation de son homologue nigérien, le général Abdourahamane Tiani. À son arrivée à l’aéroport international Diori Hamani, il a été accueilli par les autorités nigériennes de transition, dans une atmosphère de fraternité sahélienne assumée.
La communauté tchadienne de Niamey a été mobilisée en nombre à l’appel de l’ambassade du Tchad, qui a déployé un protocole de réception minutieux. L’ambassadeur Abdoulaye Abdelkerim Abbo Grou a convoqué les ressortissants à 8h00 devant la chancellerie de Koira-Kano, avant leur départ en cortège vers l’aéroport à 9h00.
Cette visite s’inscrit dans une séquence régionale marquée par l’effondrement du G5 Sahel dans sa forme originelle. Créée en 2014, cette organisation antiterroriste sous-régionale est désormais vidée de sa substance après les départs successifs du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
La rencontre entre les présidents Déby Itno et Tiani intervient alors que les deux pays partagent des priorités sécuritaires immédiates, notamment la lutte contre les groupes jihadistes actifs dans le bassin du Lac Tchad. Elle témoigne d’une volonté de renforcer la coopération bilatérale dans un contexte où les alliances traditionnelles sont remises en cause. En novembre 2024, Ndjamena a annoncé la dénonciation de ses accords militaires avec la France, entraînant le retrait des troupes françaises du territoire tchadien.
Cette visite s’inscrit également dans la continuité de la médiation engagée par Mahamat Idriss Déby Itno dès les premiers jours de la crise nigérienne. Le 30 juillet 2023, il s’était rendu à Niamey via Abuja, à l’invitation de Bola Ahmed Tinubu, alors président en exercice de la Cédéao. Il avait rencontré tour à tour le président déchu Mohamed Bazoum, le général Tiani et l’ancien président Mahamadou Issoufou, dans une tentative de désescalade diplomatique.
Plus récemment, le 9 juin 2024, le président du CNSP a reçu une délégation tchadienne conduite par le ministre d’État Mahamat Ahmad Alhabo, porteur d’un message présidentiel. Ce dernier avait évoqué des relations bilatérales « très fusionnelles sur les plans géographique, historique et culturel ». Il avait souligné la fréquence des échanges directs entre les deux chefs d’État, visant à « partager des points de vue, des expériences et surtout exprimer des solidarités mutuelles ».
Peu après, le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine s’était rendu à N’Djaména, porteur d’un message personnel du général Tiani à son homologue tchadien. Ces échanges illustrent le maintien d’un canal diplomatique constant entre Niamey et N’Djaména, à l’heure où le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont quitté la Cédéao pour initier une dynamique politique nouvelle au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Dans ce paysage institutionnel fragmenté, le déplacement du président Déby Itno à Niamey reflète l’importance d’un dialogue bilatéral renforcé, dans un Sahel en recomposition où les cadres multilatéraux traditionnels comme le G5 Sahel ont cédé la place à des partenariats de circonstance, plus souples et centrés sur des réalités de terrain.
CA/ac/Sf/APA







