Tebboune développe encore un rituel diplomatique censé illustrer le rôle de « pays pivot » que l’Algérie revendique depuis des décennies. Pourtant, derrière les discours flatteurs et les formules emphatiques, un malaise persiste : Alger est aujourd’hui au centre de vives accusations d’ingérence au Mali, au moment même où elle tente de redorer son image africaine.
La mise en scène était parfaitement calibrée. Au Palais d’El Mouradia, le président Abdelmadjid Tebboune recevait, hier, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, sous les caméras de la télévision publique. À l’issue de son audience, le président de la Commission de l’UA a salué la « vision clairvoyante » du chef de l’État algérien. Une rhétorique convenue, qui tranche avec l’isolement croissant d’Alger dans le dossier sahélien. Alors que le président de la Commission de l’UA louait la « vaste expérience » du dirigeant algérien, plusieurs capitales africaines et sahéliennes continuent d’accuser l’Algérie de saper les efforts de stabilisation au Mali, notamment en réactivant des réseaux d’influence et en soutenant, selon des sources régionales, des groupes ou entités ayant rompu avec Bamako.
Cette contradiction entre l’image affichée et la réalité perçue devient de plus en plus flagrante. Plus Alger insiste sur son rôle de médiateur, plus ses voisins dénoncent une diplomatie intrusive, qui ravive les tensions plutôt qu’elle ne les apaise.
Depuis plusieurs mois, les autorités maliennes reprochent à Alger une attitude ambiguë dans la gestion de l’Accord d’Alger de 2015. Bamako accuse ouvertement son voisin du Nord de partialité et de manœuvres politiques destinées à conserver un levier sur le Sahel. Pour de nombreux observateurs, la médiation algérienne est désormais perçue comme un instrument visant “à garder la main sur un dossier géopolitique central”, plutôt qu’un véritable effort de stabilisation.
Ces accusations ont été renforcées par la rupture progressive entre le Mali et plusieurs groupes armés du Nord, dont certains entretiennent des connexions historiques avec les services algériens. La défiance est telle que Bamako multiplie désormais les canaux alternatifs, s’éloignant progressivement d’une médiation qu’elle considère comme biaisée.
Dans ce contexte tendu, la réception du président de la Commission de l’UA apparaît comme une tentative de légitimation continentale. Alger cherche à prouver qu’elle reste un acteur incontournable, alors même que ses initiatives sont souvent contestées, non seulement par le Mali, mais aussi par plusieurs États africains qui lui reprochent un interventionnisme caché derrière une façade de neutralité.
La présence du ministre Ahmed Attaf, qui répète depuis des mois que l’Algérie est « victime de campagnes hostiles », illustre cette posture défensive. Alger tente de se présenter comme une puissance stabilisatrice, mais peine à masquer les critiques croissantes de ceux qui l’accusent de nourrir les crises qu’elle prétend résoudre.
Lorsque Mahmoud Ali Youssouf affirme que Tebboune peut être considéré comme « un exemple à suivre », le contraste avec la réalité régionale est saisissant. L’Algérie fait face à des conflits diplomatiques ouverts avec le Maroc, des tensions récurrentes avec le Mali, un manque de crédibilité auprès des nouvelles autorités sahéliennes, et une influence largement érodée par l’émergence d’autres acteurs africains et internationaux.
Dans un Sahel en recomposition, la diplomatie algérienne peine à convaincre. Et le regain de cérémonial diplomatique ne suffit pas à faire oublier les accusations qui pèsent sur elle : celles d’une ingérence persistante, d’une médiation instrumentalisée et d’une lecture unilatérale des enjeux sécuritaires.
MK/ac/Sf/APA







