Entre nouveau partenariat et fournitures, un courant diplomatique discret mais constant circule de l’Afrique vers l’Europe de l’Est, à destination de Minsk
Ces derniers mois, un nombre croissant de délégations africaines se sont rendues en Biélorussie, soulevant une question cruciale : Minsk est-elle en train de devenir un partenaire stratégique du continent ou les pays africains se transforment-ils en simples débouchés pour les exportations biélorusses ?
Le dernier signal fort est venu le 1er juillet, avec la toute première visite officielle en Biélorussie d’un représentant du Botswana. Le ministre des Relations internationales, Phenyo Butale, a conclu sa mission par une déclaration commune promettant une coopération renforcée dans les secteurs de l’agriculture, de l’éducation, de la santé et du commerce. Il a également visité des usines d’assemblage de tracteurs et des sites miniers biélorusses, en quête d’opportunités concrètes.
Le Botswana n’est pas un cas isolé. En juin, l’ambassadeur du Kenya en Biélorussie, Peter Mutuku Mathuki, a rencontré des responsables biélorusses pour discuter de commerce et de coopération parlementaire. Une délégation kenyane a aussi pris part à l’exposition agricole Belagro 2025, une première qui illustre l’intérêt de Nairobi pour les technologies agricoles de Minsk.
Le Zimbabwe, quant à lui, entretient une relation de plus longue date avec la Biélorussie. Lors d’une visite en mai, menée par le président Emmerson Mnangagwa, des discussions ont porté sur les importations de produits laitiers, les exportations de coton et la transformation textile. Les deux pays collaborent déjà dans les secteurs minier, agricole et éducatif, une dynamique enclenchée dès 2019 par la visite du président Alexandre Loukachenko à Harare.
Le Mozambique et le Ghana ont également rejoint cette offensive diplomatique. Leurs ministres de l’Agriculture se sont rendus à Minsk en juin pour explorer des partenariats dans l’agriculture mécanisée et les infrastructures. Le Ghana a même signé des accords pour implanter des centres de service pour les machines biélorusses, ancrant potentiellement la présence industrielle biélorusse en Afrique de l’Ouest.
Ce regain d’activisme diplomatique suggère un réalignement stratégique vers la Biélorussie. Pour Minsk, l’enjeu est clair : contourner les sanctions occidentales en s’ouvrant à de nouveaux marchés. L’Afrique, avec ses besoins massifs en infrastructures et sa croissance démographique, offre un terrain prometteur. Les autorités biélorusses se positionnent comme des partenaires industriels fiables, sans conditionnalités politiques.
Mais pour les pays africains, la logique est plus nuancée. L’attractivité des machines biélorusses, notamment agricoles, est réelle. Toutefois, des analystes avertissent du risque d’une relation déséquilibrée.
« La frontière est ténue entre partenariat stratégique et dépendance fournisseur-client », analyse Donald Porusingazi, spécialiste des relations internationales. « L’essentiel sera de savoir si ces accords incluent le transfert de technologie, la fabrication locale et le renforcement des capacités à long terme. »
Pour l’instant, les résultats sont partagés. Certains accords mentionnent des programmes de formation et d’échange d’étudiants, tandis que d’autres se focalisent exclusivement sur l’importation d’équipements.
Le véritable enjeu pour les gouvernements africains sera donc d’ancrer ces partenariats dans leurs stratégies de développement, en évitant de devenir de simples vitrines de consommation pour l’industrie biélorusse. À mesure que Minsk attire davantage de dirigeants africains, la question reste ouverte : ces accords ouvriront-ils la voie à des partenariats gagnant-gagnant ou consacreront-ils l’Afrique comme le nouveau marché captif d’une puissance en quête de relais géopolitiques ?
JN/fss/ac/Sf/APA







