Une étude diligentée par l’Agence de promotion de l’inclusion financière de Côte d’Ivoire (APIF-CI) met en lumière les blocages à l’inclusion financière des femmes au niveau socio-culturel, des banques et des institutions financières.
Une étude de l’APIF-CI, mettant en exergue les freins à l’inclusion financière des femmes ivoiriennes, rendue publique à Abidjan ce jeudi 24 juillet 2025, lors d’un atelier de restitution, a été réalisée avec l’appui du Projet d’amélioration de la gouvernance pour la délivrance des services de base aux citoyens (PAGDS), soutenu par la Banque mondiale.
Conscient du rôle prépondérant des femmes dans la société et de leurs contributions dans le développement économique, le ministère des Finances et du budget, à travers l’APIF, a commandité l’étude sur les normes sociales de genre en Côte d’Ivoire.
L’objectif de cette étude est de mieux comprendre comment les normes de genre influencent le comportement de tous les acteurs du système financier et comment ces comportements ont un impact sur l’inclusion financière des femmes.
Avec l’appui du cabinet sud-africain Genesis Analytics, recruté pour cette étude qui a démarré le 13 mai 2025, un diagnostic a pu être établi. L’atelier devrait permettre de voir les leviers sur lesquels agir pour accroître l’inclusion financière des femmes et formuler des politiques adaptées.
Les freins à l’inclusion financière
Mme Soulema Abdennebi, de la structure Genesis Analytics, commentant l’étude, a indiqué que « les femmes restent encore en marge des progrès, malgré la digitalisation accrue et les campagnes d’éducation financière, car des obstacles persistent ».
Elle a énuméré entre autres, « les freins socio-culturels, des offres financières peu adaptées et le manque de confiance ».
En outre, « les comportements institutionnels perpétuent, parfois inconsciemment, l’exclusion des femmes des services financiers », révèle-telle.
Selon Mme Soulema Abdennebi, « les institutions financières appliquent des tarifs élevés et des critères d’éligibilité restrictifs qui excluent indirectement les femmes », lesquelles, dans les communautés rurales, sont exclues de l’héritage foncier.
Dans la plupart des peuples en Côte d’Ivoire, les hommes héritent des terres dans l’optique de conserver l’héritage foncier. Les femmes, elles, sont exclues, du fait que par le mariage avec des étrangers, les communautés peuvent perdre leur patrimoine foncier.
L’étude note que « les institutions financières n’accordent pas de prêts sans garantie foncière, même si la cliente est solvable autrement ». Par conséquent, « cela limite l’offre des services financiers » au niveau des femmes qui n’ont pas de garantie à offrir.
Avancées de l’inclusion financière
Mme Marie Lattroh, conseillère en charge des secteurs sociaux et du genre au ministère des Finances et du budget, représentant le ministre de tutelle, a mentionné que le taux d’inclusion financière en Côte d’Ivoire a atteint 58% en 2024 (objectif visé 60%) contre 41% en 2017.
Malgré ces avancées, des écarts sont constatés. En 2017, le taux d’inclusion financière chez les hommes était de 47% contre 36% chez les femmes, soit un écart de 11 points. En 2021, l’écart a connu une forte hausse, passant à 27 points avec un taux de 64% chez les hommes contre 37% chez les femmes.
Les récentes données, publiées en 2024, font constater une réduction importante de cet écart à 7 points avec un taux d’inclusion financière chez les hommes de 61% contre 54% chez les femmes, a souligné Mme Marie Lattroh.
Le taux de bancarisation stricte, lui, est passé de 17,24% en 2017 à 31,23% en 2023, tandis que le taux d’utilisation des services de microfinance a atteint 12,42% en 2023 contre 8,26% en 2017. Quant au taux d’utilisation des services de la monnaie électronique, il est passé de 46,02% en 2017 à 81,33% en 2023.
Le directeur de l’APIF-CI, M. Patrice Brou, a fait savoir que cette étude a également pour but de « cartographier les normes de genre et d’identifier la relation entre les normes, l’accès et l’utilisation des services financiers. »
Au niveau géographique, le nombre de points de services financiers disponible sur une superficie de 1 000 Km2 s’est établi à 1 295 en 2023 contre 168 en 2017. Sur le plan démographique, le nombre de points de services financiers pour 10 000 adultes est passé de 35 en 2017 à 225 en 2023.
La Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) vise 90% d’accès aux services financiers formels pour la population adulte d’ici à 2030 dans l’espace UEMOA contre 72,3% en 2023. Elle mise sur l’appui aux Fintech, la cyber sécurité et l’éducation financière.
Le public cible de la Banque centrale, en termes d’inclusion financière, est constitué des femmes, des jeunes, des populations rurales, des PME, des personnes déplacées ou handicapées. Ces groupes représentent plus de 60% des individus exclus du système financier classique.
AP/Sf/APA





