Avec la menace de fermeture de la Cour pénale spéciale, des milliers de victimes de deux décennies de conflit en République centrafricaine (RCA) risquent de ne jamais obtenir justice, selon un communiqué d’Amnesty International parvenu vendredi à APA.
Se dirige-t-on vers la fermeture de la Cour pénale spéciale de la République centrafricaine ? C’est ce que laisse entrevoir l’alerte lancée ce vendredi 17 octobre 2025 par Amnesty international. L’ONG souligne que la suspension du financement américain en janvier dernier a laissé environ 4,15 millions de dollars d’engagements impayés. Cela compromet gravement les procédures en cours et les services aux victimes, selon un communiqué de l’organisation parvenu à APA.
L’organisation de défense des droits humains appelle l’Union africaine, l’Union européenne et leurs États membres, ainsi que tous les autres États partenaires à apporter un soutien financier et humain durable à la Cour pénale spéciale (CPS) de la République centrafricaine.
« Nous appelons l’Union africaine, l’Union européenne et leurs États membres respectifs, ainsi que tous les autres États partenaires à apporter un soutien financier et humain durable afin que la CPS puisse poursuivre son travail essentiel en République centrafricaine », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale à Amnesty International.
Selon le communiqué, la fermeture de la CPS constituerait « un coup catastrophique pour les perspectives de milliers de victimes et de survivants d’obtenir justice pour les crimes graves commis au cours de deux décennies de conflit. »
Inaugurée le 22 octobre 2018, la CPS a pour mandat d’enquêter et de poursuivre les crimes de droit international commis lors des conflits en République centrafricaine depuis 2003. Durant cette période, la RCA a connu des vagues de violence et des conflits armés au cours desquels des milliers de civils ont été tués, violés, enlevés, mutilés, blessés, déplacés ou leurs maisons ont été incendiées.
Le budget de la Cour repose uniquement sur les contributions volontaires des États et des organisations internationales. Les États-Unis en étaient le principal donateur, aux côtés de la mission de maintien de la paix des Nations Unies (Minusca) et de l’Union européenne.
« Cesser le financement de la CPS serait une victoire pour l’impunité », a averti Marceau Sivieude, soulignant que malgré les efforts des autorités, les tribunaux nationaux manquent toujours de ressources et de capacités pour assumer le mandat de la CPS.
L’émission par la CPS d’un mandat d’arrêt contre l’ancien président François Bozizé en 2024 a été qualifiée d’« étape très encourageante pour les victimes. » Amnesty International continue d’appeler à son exécution.
« Si la CPS ferme ses portes après n’avoir poursuivi que quelques individus de moindre importance concernant quelques incidents récents, elle aura largement manqué à son mandat et aux espoirs et attentes de la population centrafricaine », a averti l’organisation.
Elle rappelle que les victimes et les survivants de crimes de droit international ont droit à la vérité, à la justice et à des réparations.
ARD/Sf/APA







