Une étude présentée au Sénégal autour des impacts des combustibles vise à devenir un outil de plaidoyer majeur pour orienter les décisions politiques et mobiliser les acteurs autour d’une transition énergétique juste, équitable et inclusive au Sénégal.
Un produit de connaissance majeur sur les impacts des combustibles fossiles et les opportunités d’une transition énergétique juste au Sénégal a été présenté vendredi dernier à Dakar, lors d’une rencontre organisée par l’African Climate Insights Sénégal Desk.
L’étude, réalisée par Aissatou Diouf, fondatrice et consultante principale du cabinet CLIMACT, dresse un portrait sans concession du dilemme énergétique sénégalais. « Nous sommes vraiment à la croisée de plusieurs chemins », a déclaré Mme Diouf lors de sa présentation.
Le Sénégal, devenu producteur de pétrole et de gaz en 2024 avec les projets Sangomar et GTA, doit concilier ses besoins de développement avec ses engagements climatiques internationaux.
Le pays fait face à un double défi : assurer sa sécurité énergétique tout en respectant l’Accord de Paris. Actuellement, plus de 20% de la facture extérieure du Sénégal est consacrée aux énergies fossiles importées, tandis que le coût de production de l’électricité demeure parmi les plus élevés d’Afrique de l’Ouest.
Des impacts socio-économiques alarmants sur les communautés côtières
L’étude révèle des données préoccupantes sur l’exploitation pétrolière et gazière. Les pêcheurs ont vu leurs revenus chuter de 78 %, avec une diminution des captures de 35 % à 50 %. Les dépenses en carburant ont augmenté de 25 % pour atteindre les zones de pêche, désormais plus éloignées.
Par ailleurs, 62 % des transformatrices de poisson rapportent une baisse de la disponibilité de la ressource.
Au-delà des aspects économiques, l’étude documente la dégradation de la qualité de l’eau, l’aggravation de l’érosion côtière, la menace sur la biodiversité marine et la pollution acoustique affectant les mammifères marins. Le secteur énergétique représente actuellement 94 % des émissions nationales de gaz à effet de serre.
Malgré ce tableau sombre, l’étude met en lumière un potentiel considérable en énergies renouvelables. Le pays de la Teranga dispose de près de 13 % de solaire dans son mix énergétique, avec un ensoleillement quasi permanent. Il compte déjà 10 centrales solaires et plus de 133 mini-réseaux photovoltaïques répartis dans 200 départements.
L’éolien représente également une opportunité majeure, avec deux tiers du territoire national offrant un potentiel de 1 500 mégawatts exploitables dans le nord du pays. Le biogaz et la biomasse, avec plus de 2 300 biodigesteurs installés, pourraient générer 150 mégawatts si les déchets agricoles étaient valorisés.
Le JETP encore méconnu du grand public
L’étude révèle une méconnaissance généralisée du Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP). Les ménages ne perçoivent pas les implications directes du JETP dans leur quotidien, tandis que les entreprises déplorent le manque d’informations sur les opportunités de financement.
Les collectivités territoriales se disent mal informées sur les mécanismes de décentralisation de la production énergétique.
Néanmoins, 93 % des ménages et 96 % des entreprises estiment que les citoyens devraient être davantage impliqués dans les décisions énergétiques locales.
Des recommandations pour une transition juste et inclusive
L’étude formule plusieurs recommandations stratégiques : une participation effective des communautés dans toutes les phases des projets énergétiques, une planification énergétique intégrée tenant compte de tous les secteurs, une réorientation des investissements vers les énergies propres, et un plan de transition national avec des engagements clairs et des indicateurs de suivi.
« Ce narratif que nous voulons construire, les politiques que nous voulons influencer, on ne peut pas le faire seul. Il faudrait qu’on puisse avoir plusieurs partenaires engagés : le secteur privé, les partenaires de développement, les organisations de la société civile, les médias… », a souligné Aissatou Diouf.
Le lancement officiel du produit de connaissance est prévu pour le 12 novembre 2025, coïncidant avec le début de la première semaine de la COP 30 au Brésil. Une conférence de presse regroupera l’ensemble des acteurs de la Plateforme des Acteurs de la Société civile pour une Transition énergétique juste (PACTEJ), les médias, les partenaires techniques et les représentants des communautés.
Une stratégie de vulgarisation et de communication a été élaborée, impliquant notamment le Consortium des journalistes francophones pour une transition énergétique juste (CJF-TEJ), avec l’appui de partenaires comme Oxfam, CRADESC, Legs Africa, Natural Justice et Africa Climate Foundation.
ARD/Sf/APA





