L’épidémie d’Ebola déclarée en République démocratique du Congo (RDC) il y a 100 jours continue de progresser à un rythme alarmant, avec plus de 5 000 cas confirmés et plus de 2 300 décès recensés au 16 août, selon les autorités sanitaires.
Déclarée le 23 mai dernier, cette épidémie d’Ebola est devenue la plus importante et la plus meurtrière jamais enregistrée en RDC. Face à cette situation, Médecins sans frontières (MSF) appelle à renforcer l’implication des communautés dans la riposte, estimant que la réponse actuelle ne permet pas encore d’enrayer efficacement la propagation du virus.
Selon l’organisation, plus de 60 % des décès liés à Ebola depuis le début de l’épidémie sont survenus en dehors des centres de traitement. De nombreuses personnes décèdent ainsi à domicile ou au sein de leur communauté sans avoir accès aux soins, tandis que le virus continue de circuler avant la détection des cas.
L’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie, mais la maladie gagne rapidement d’autres zones, notamment le Nord-Kivu, où les taux de mortalité restent particulièrement élevés.
« L’épidémie continue de se propager à un rythme que l’on ne parvient pas à suivre », alerte le président international de MSF, le Dr Javid Abdelmoneim, appelant à renforcer le dépistage, l’isolement des malades et de leurs contacts ainsi que la protection des personnels de santé.
Pour MSF, l’augmentation du nombre de lits dans les centres de traitement ne suffit pas. L’organisation insiste sur la nécessité d’associer davantage les populations locales à la riposte, notamment dans les zones confrontées simultanément aux conflits, aux déplacements forcés, à la violence et à l’insécurité alimentaire.
Les communautés au cœur de la riposte
En Ituri, dans le camp de déplacés de Rho, près de Drodro, des responsables communautaires collaborent avec MSF afin d’encourager les personnes présentant des symptômes à se faire dépister, à s’isoler et à accéder rapidement aux soins.
Cette mobilisation est particulièrement importante dans ce camp qui accueille près de 50 000 personnes. Les responsables communautaires sensibilisent également les habitants aux mesures de prévention et de contrôle des infections.
Emery Guba Mateso, responsable communautaire et survivant d’Ebola, témoigne auprès des habitants de son expérience. Après avoir perdu son fils à cause de la maladie, il a lui-même survécu à l’infection.
Il exhorte les populations à rechercher rapidement des soins dès l’apparition des premiers symptômes, estimant qu’une prise en charge précoce augmente les chances de guérison.
De nouvelles zones touchées
L’expansion de l’épidémie vers des régions ayant peu ou pas d’expérience dans la prise en charge d’Ebola constitue un autre défi majeur. MSF appelle ainsi à renforcer rapidement les compétences des professionnels de santé, y compris au niveau communautaire.
Dans la ville de Beni, au Nord-Kivu, l’organisation soutient notamment des structures sanitaires existantes afin qu’elles puissent assurer la prise en charge rapide des patients présentant des symptômes, tout en maintenant leurs services de médecine générale.
MSF intervient actuellement en Ituri, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, dans la Tshopo et le Haut-Uélé. Ses équipes gèrent six centres de traitement Ebola et plusieurs unités d’isolement, représentant plus de 400 lits, soit environ un tiers des capacités disponibles dans le cadre de la riposte nationale.
Plus de 1 400 membres du personnel de MSF sont mobilisés. Depuis le début de l’épidémie, l’organisation indique avoir pris en charge plus de 2 000 patients, dont plus de 800 ont été confirmés positifs à Ebola.
Pour l’organisation humanitaire, l’efficacité de la riposte dépend désormais autant du renforcement des capacités médicales que de la confiance et de la participation active des communautés touchées.
TE/Sf/APA







