À Sandimba 2, dans le 9e arrondissement de Bangui, 45 jeunes bénéficiaires du Programme de réduction de la violence communautaire (CVR) transforment progressivement l’agriculture en source de revenus et en outil de cohésion sociale, avec déjà neuf récoltes maraîchères à leur actif.
Le 3 septembre 2026, les bénéficiaires ont procédé à une nouvelle récolte de poivrons et de tomates sur un site agricole de six hectares mis à leur disposition. Une activité qui illustre les résultats d’un programme visant à offrir aux jeunes des perspectives économiques tout en réduisant les facteurs susceptibles d’alimenter la violence dans les communautés.
Organisés en trois groupes de 15 personnes, les bénéficiaires cultivent notamment le poivron, la tomate, la pastèque, le chou et le gombo. Ils ont pu démarrer cette activité après avoir reçu une formation en techniques agricoles et des semences destinées à leur permettre de développer des activités génératrices de revenus.
Les premières récoltes ont déjà permis de générer 454 500 FCFA, répartis entre les membres des différents groupes.
Pour Simone Yasse-Ngbanga, mère de neuf enfants, cette activité constitue une véritable bouée de sauvetage économique. Ayant reçu 60 000 FCFA lors du partage des revenus, elle affirme avoir notamment pu assurer la scolarité de ses enfants.
« Avant, nous les femmes, cultivions des champs. Il n’y avait pas de rendement. Aujourd’hui, avec le projet CVR, notre vie et celle de nos familles ont changé », a-t-elle témoigné, ajoutant qu’elle envisage désormais de se lancer dans l’élevage.
Le poivron, produit vedette
À Sandimba 2, le poivron s’impose comme la culture la plus rentable. Entre 10 et 12 paniers sont vendus chaque semaine, à environ 8 000 FCFA l’unité, permettant aux producteurs de générer des revenus réguliers.
Pour Bienvenue Koyaba, délégué du groupement, le projet a surtout permis aux jeunes de trouver une alternative aux activités précaires.
« Avant, nous coupions du bois pour fabriquer du charbon de bois et nous vivions de cela. Aujourd’hui, grâce à l’argent des ventes, chacun a pu répondre aux besoins de sa famille », a-t-il expliqué.
Mais le développement de cette activité reste confronté à plusieurs difficultés. Le manque d’eau, l’insuffisance des moyens de transport et l’absence d’infrastructures de stockage limitent encore la capacité des producteurs à accroître leur production et à acheminer rapidement les récoltes vers les marchés.
Ces contraintes pèsent également sur les commerçants. Bénicia Ing-Feina, revendeuse au centre-ville de Bangui, apprécie la qualité des produits de Sandimba 2, mais estime que les frais de transport réduisent ses marges.
Elle appelle ainsi les autorités centrafricaines et la MINUSCA à faciliter l’accès à des moyens de transport permettant d’acheminer les produits vers les principaux marchés de la capitale.
Une activité agricole au service de la paix
Au-delà des revenus, les responsables locaux constatent également des effets sur la sécurité communautaire.
Pierre Bati, chef du groupe de Sandimba 2, estime que l’occupation des jeunes par des activités productives contribue à réduire les tensions et les actes de délinquance dans la zone.
« Je suis content de voir ces jeunes travailler en harmonie. Aujourd’hui, le taux de violence a diminué. Je ne reçois plus de plaintes liées aux bagarres, au banditisme, aux vols ou à d’autres actes de violence », a-t-il déclaré.
Il souhaite cependant que les acquis du projet soient consolidés par la construction d’un marché local, d’un point d’eau et d’un centre de santé.
Cette appréciation est partagée par Richard Binguina, président de la jeunesse du 9e arrondissement, qui considère le programme comme une opportunité importante pour les jeunes d’un arrondissement particulièrement affecté par les crises.
Il souligne que les bénéficiaires sont désormais engagés dans plusieurs métiers et activités, notamment l’agriculture, l’élevage, la pisciculture, la maçonnerie, la couture, la plomberie et la soudure.
Vers une consolidation des acquis
Pour préserver les résultats obtenus et accroître la production, les bénéficiaires et le comité de suivi sollicitent la construction d’un magasin de stockage, d’un forage et d’un marché.
L’objectif est de renforcer la capacité de production, de limiter les pertes après récolte et de faciliter l’accès aux marchés de Bangui. À terme, les jeunes ambitionnent de contribuer davantage à l’approvisionnement alimentaire du 9e arrondissement et de diversifier leurs cultures.
La Section DDR de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), qui accompagne le projet, salue les efforts des bénéficiaires.
« Ils ont créé un marché hebdomadaire chaque jeudi pour écouler leurs produits. Ils réalisent entre 150 000 et 200 000 FCFA par semaine. Ils s’adonnent à la culture, c’est motivant », a indiqué Narcisse Gervais Mbassinga, de la Section DDR de la MINUSCA.
Mis en œuvre par le Gouvernement centrafricain avec l’appui de la Section DDR de la MINUSCA, le Programme de réduction de la violence communautaire vise à réduire les risques de violence, favoriser la réinsertion socioéconomique des jeunes et contribuer à la protection des civils.
À Sandimba 2, le maraîchage apparaît ainsi comme bien plus qu’une activité agricole : il constitue désormais un moyen de subsistance, un facteur d’autonomie pour les jeunes et un instrument de consolidation de la cohésion sociale.
TE/APA





