Inaugurée en grande pompe par le président Abdelmadjid Tebboune, la nouvelle ligne ferroviaire reliant le gisement de Gara Djebilet au nord du pays illustre autant une ambition minière qu’une dépendance encore largement marquée vis-à-vis de partenaires étrangers.
Le président Abdelmadjid Tebboune a inauguré, dimanche dans le sud-ouest algérien, la ligne ferroviaire minière dite « ouest », présentée comme la plus longue jamais réalisée dans le désert algérien. Longue de 950 kilomètres, l’infrastructure relie Béchar, Béni-Abbès, Tindouf et le gisement de fer de Gara Djebilet, constituant l’axe logistique central du mégaprojet minier du sud.
Achevée, selon les autorités, en moins de 24 mois, la ligne a été inaugurée lors d’une cérémonie fortement scénarisée, où le chef de l’État a salué un « triomphe » et une démonstration des capacités nationales. Le discours officiel insiste sur la rapidité d’exécution et la mobilisation des compétences algériennes, sans toutefois détailler les conditions financières exactes du projet ni les arbitrages budgétaires opérés dans un contexte de fortes contraintes économiques.
Le chantier, présenté comme un exploit technique, comprend 45 ponts ferroviaires totalisant près de 20 kilomètres, dont un ouvrage de plus de 4 kilomètres sur l’oued Daoura, ainsi que des dizaines de passages routiers et d’ouvrages hydrauliques. Ces éléments, largement mis en avant, participent à un récit de prouesse infrastructurelle, alors que peu d’informations sont rendues publiques sur les coûts d’entretien futurs, la rentabilité de la ligne ou sa soutenabilité à long terme.
L’objectif central de l’infrastructure est l’acheminement du minerai brut vers la filiale algérienne du groupe turc Tosyali, implantée à Oran. Ce choix met en lumière un paradoxe récurrent : un projet présenté comme un pilier de la souveraineté économique nationale repose, pour sa valorisation industrielle, sur un acteur étranger clé, appelé à capter une part significative de la valeur ajoutée.
Les autorités évoquent une montée en puissance progressive de la production du gisement, avec des volumes annuels appelés à croître fortement dans les prochaines années. Ces chiffres, encore au stade d’objectifs officiels, ne s’accompagnent pas d’éléments précis sur les débouchés commerciaux, les capacités portuaires, ni sur l’impact réel en matière d’emplois qualifiés et de transformation industrielle locale.
Au final, si la ligne ferroviaire de Gara Djebilet constitue un jalon matériel important, son inauguration révèle surtout une stratégie de communication où l’affichage de grandeur et de souveraineté masque des questions centrales : dépendance technologique et industrielle, gouvernance du projet, partage de la valeur et viabilité économique réelle d’un mégachantier érigé en symbole politique.
MK/Sf/APA







