Face à l’explosion attendue de la demande en électricité, la Commission économique pour l’Afrique (CEA)plaide pour un mix énergétique diversifié, incluant le nucléaire, afin de soutenir l’industrialisation et la ZLECAf.
L’Afrique doit accélérer l’accès à l’électricité pour réussir son industrialisation, renforcer les chaînes de valeur régionales et concrétiser les ambitions de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), a affirmé lundi le secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA).
S’exprimant par visioconférence lors d’une table ronde ministérielle organisée à Kigali dans le cadre du Sommet 2026 sur l’innovation nucléaire en Afrique, Claver Gatete a estimé que l’accès à une énergie fiable et abordable conditionnera la compétitivité économique du continent.
« Aucun pays ne s’industrialise dans l’obscurité », a-t-il déclaré, ajoutant que l’Afrique ne pourra « réaliser les promesses de la ZLECAf ni construire des chaînes de valeur régionales compétitives avec une énergie uniquement intermittente ».
Le responsable onusien a rappelé que près de 600 millions d’Africains restent privés d’électricité, dont environ 400 millions vivant dans des zones rurales hors de portée des réseaux existants.
Même si le taux d’accès à l’électricité est passé d’environ 25 % il y a dix ans à près de 51 % aujourd’hui, la progression demeure insuffisante pour atteindre l’Objectif de développement durable (ODD) n°7 relatif à l’accès universel à l’énergie.
« L’Afrique doit raccorder environ 100 millions de personnes par an pour rester sur la trajectoire des ODD », a insisté M. Gatete.
Selon lui, la demande électrique du continent pourrait quadrupler d’ici 2040 avec l’expansion attendue de l’industrie manufacturière, de la transformation minière, de l’agriculture moderne, des infrastructures numériques et des échanges commerciaux régionaux.
Dans ce contexte, le secrétaire exécutif de la CEA a plaidé pour que l’énergie nucléaire soit envisagée comme une composante du futur mix énergétique africain, aux côtés des énergies renouvelables.
« Les économies modernes ont besoin d’une énergie propre, mais aussi d’une énergie stable, fiable et disponible en permanence », a-t-il soutenu.
Le responsable a mis en avant les avantages du nucléaire en matière de stabilité des réseaux électriques et de réduction des émissions de carbone, tout en soulignant l’intérêt croissant, au niveau mondial, pour les petits réacteurs modulaires.
Il a également relevé que plusieurs pays africains avancent déjà sur cette voie. L’Afrique du Sud exploite déjà une centrale nucléaire commerciale, tandis que l’Égypte construit des réacteurs à El Dabaa. Le Maroc poursuit ses préparatifs nucléaires et le Rwanda explore le déploiement futur de petits réacteurs modulaires.
Mais le principal obstacle reste le financement, a averti M. Gatete.
« L’ambition nucléaire ne deviendra pas une réalité finançable sans une gouvernance crédible, des modèles de mise en œuvre bancables et des institutions solides », a-t-il déclaré.
Le chef de la CEA a appelé les États africains à renforcer le leadership politique, la transparence réglementaire, les mécanismes de financement mixte et la coopération régionale, tout en mobilisant davantage les banques multilatérales de développement.
Il a également insisté sur la nécessité d’investir dans les infrastructures et les compétences humaines nécessaires au développement du nucléaire, notamment les ingénieurs, techniciens, spécialistes de la sûreté et centres régionaux d’excellence.
« Notre tâche n’est pas simplement d’augmenter la production électrique. Il s’agit de construire les fondations énergétiques de la prochaine ère de développement de l’Afrique », a conclu Claver Gatete.
ARD/te/Sf/APA






