Alger a accueilli la 4e édition de la Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025), une vitrine soigneusement mise en scène pour afficher des ambitions de puissance régionale. Mais derrière les discours enflammés et les promesses de grandeur économique, l’Algérie peine encore à traduire ses aspirations en réalités tangibles.
La manifestation organisée au Palais des expositions d’Alger a été largement présentée comme une consécration du « rôle de hub stratégique » du pays dans les échanges commerciaux et l’intégration continentale. Les experts invités ont vanté les « capacités productives » algériennes et salué une « deuxième puissance économique en devenir ». L’économiste Mouloud Khelif a notamment insisté sur la « contribution de l’Algérie à l’Agenda 2063 de l’Union africaine », affirmant que l’événement plaçait le pays au cœur des dynamiques d’investissements et de commerce intra-africains.
Le président Abdelmadjid Tebboune, fidèle à son registre volontariste, a réitéré son objectif de hisser l’Algérie « au rang de première ou de deuxième économie du continent d’ici deux à trois ans ». Cette ambition, relayée par une couverture médiatique favorable, s’inscrit dans une volonté politique affirmée : projeter l’image d’une « citadelle africaine » capable de rivaliser avec les poids lourds que sont le Nigéria, l’Afrique du Sud ou encore l’Égypte.
Pourtant, cette démonstration de force soulève plusieurs interrogations. Le contraste est saisissant entre la rhétorique officielle et les indicateurs économiques. Si les contrats annoncés à l’IATF atteignent des montants considérables, leur concrétisation reste incertaine. L’Algérie, encore très dépendante de la rente gazière et pétrolière, peine à diversifier son économie malgré des annonces répétées de relance industrielle et agricole.
Sur le plan régional, la prétention à devenir un hub africain se heurte également à des contradictions structurelles. La participation algérienne à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) reste timide, freinée par une bureaucratie lourde, des infrastructures insuffisantes et des échanges encore limités avec ses voisins. À cela s’ajoute l’absence de stratégie logistique cohérente, alors que le Maroc, par exemple, s’est déjà positionné comme un acteur central grâce à ses corridors atlantiques et ses plateformes portuaires modernes.
Le discours triomphal masque aussi les tensions sociales et les fragilités politiques qui pèsent sur la stabilité du pays. Inflation, chômage des jeunes et dépendance alimentaire fragilisent une économie que les experts internationaux continuent de classer loin derrière les principales puissances du continent. Les promesses de leadership africain apparaissent dès lors comme un horizon lointain, plus rhétorique que factuel.
L’IATF 2025 aura ainsi davantage servi de vitrine politique que de catalyseur économique. L’Algérie, en quête de reconnaissance et de stature continentale, projette l’image d’un pays fort. Mais l’écart persistant entre les ambitions affichées et les réalités internes laisse planer un doute : l’Algérie rêve de puissance africaine, mais dispose-t-elle des leviers nécessaires pour transformer ce rêve en réalité durable ?
MK/Sf/APA







