L’UNESCO a recensé 189 journalistes tués dans le monde en 2024 et 2025 et fait état d’un taux d’impunité de 86 %, dans un rapport publié lundi 2 novembre 2026. Au Mali, cette journée internationale rappelle l’assassinat, il y a treize ans, des deux envoyés spéciaux de Radio France Internationale (RFI), Ghislaine Dupont et Claude Verlon, dont les responsabilités pénales restent à établir.
Parmi les journalistes tués au cours des deux dernières années, 127 ont perdu la vie dans des zones de conflit, selon le rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Cinquante ont été victimes de frappes de drones dans six zones de guerre, illustrant l’évolution des risques auxquels sont confrontés les professionnels des médias.
Le taux mondial d’impunité est passé de 85 % à 86 %, enregistrant sa première hausse depuis que l’UNESCO a commencé à mesurer cet indicateur en 2012. L’organisation souligne que les crimes contre les journalistes restent majoritairement sans résolution judiciaire, particulièrement dans les pays confrontés à des conflits armés.
La Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, instituée en décembre 2013 par l’Assemblée générale des Nations unies, trouve son origine dans le double assassinat survenu le 2 novembre de la même année à Kidal, dans le nord-est du Mali. Ghislaine Dupont, journaliste, et Claude Verlon, technicien de reportage de RFI, avaient été enlevés après une interview avant d’être retrouvés morts à la sortie de la ville.
Une enquête toujours ouverte
Treize ans après les faits, l’information judiciaire ouverte en France pour enlèvement, séquestration et assassinats en relation avec une entreprise terroriste se poursuit. Plusieurs démarches ont été engagées afin d’obtenir la communication de documents susceptibles d’aider à établir les circonstances du crime.
Le 15 avril 2026, la Commission française du secret de la défense nationale a rendu un avis favorable à la déclassification partielle d’une note du ministère français des Armées datée du 24 avril 2024. La demande avait été présentée par Valéry Muller, magistrat instructeur au pôle antiterroriste du tribunal judiciaire de Paris.
Cet avis, publié au Journal officiel français le 29 avril, prévoit le maintien de certaines restrictions concernant des passages et des informations techniques. Il fait suite à trois précédentes procédures de déclassification examinées en 2016, 2017 et 2023.
À ce jour, les investigations n’ont pas débouché sur un procès permettant d’établir l’ensemble des responsabilités pénales dans l’enlèvement et l’assassinat des deux journalistes.
Des journalistes maliens toujours disparus
La question de l’impunité concerne également plusieurs professionnels des médias maliens victimes d’enlèvements dans des régions affectées par l’insécurité.
Hamadoun Nialibouly, journaliste de Radio Dandé Douentza, a été enlevé en septembre 2020 dans le centre du pays. Moussa M’Bana Dicko, responsable de la radio Dandé Haïré, a disparu en avril 2021 dans le cercle de Douentza. Les circonstances exactes de ces enlèvements n’ont pas été judiciairement établies.
Le 7 novembre 2023, une attaque contre des journalistes circulant sur l’axe Gao-Ansongo avait coûté la vie à Abdoul Aziz Djibrilla, de Radio Naata. Deux autres professionnels, Saleck Ag Jiddou et Moustapha Koné, de Radio Coton Ansongo, avaient été enlevés, tandis que Harouna Attino, de Radio Alafia, avait été blessé.
Les informations publiques disponibles ne permettent toujours pas d’établir le sort des journalistes disparus ni l’identité de tous les responsables de ces violences.
À Bamako, la disparition du journaliste Birama Touré, ancien collaborateur de l’hebdomadaire Le Sphinx, reste également sans dénouement judiciaire définitif. Le reporter a été vu pour la dernière fois le 29 janvier 2016.
Ces différentes affaires s’inscrivent dans un contexte où les journalistes travaillant dans les zones d’insécurité sont exposés aux enlèvements, aux menaces et aux difficultés d’accès à l’information.
Dans son rapport publié lundi, l’UNESCO appelle les États à renforcer les enquêtes et les poursuites judiciaires, tout en adaptant les mécanismes de protection aux nouvelles menaces pesant sur les professionnels des médias, particulièrement dans les zones de conflit.
MD/te/APA





