La Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le Soudan a alerté mercredi sur le risque élevé d’atrocités à El-Obeid, dans le Kordofan du Nord, dénonçant des attaques contre les civils, des arrestations arbitraires et des violations susceptibles de constituer des crimes de guerre.
Dans un rapport présenté à l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, la Mission décrit une situation sécuritaire et humanitaire préoccupante dans cette ville d’environ 600 000 habitants, partiellement encerclée par les Forces de soutien rapide (FSR).
Selon les enquêteurs, les frappes de drones attribuées aux paramilitaires visent notamment des quartiers résidentiels, des écoles, des sites accueillant des personnes déplacées et des infrastructures essentielles, perturbant l’accès à l’eau, à l’électricité et aux soins de santé.
« La situation à El-Obeid et dans ses environs reste grave et le risque d’atrocités est élevé », a déclaré le président de la Mission, Mohamed Chande Othman, dont l’organisme a été créé en 2023 par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.
La population est également exposée à des mesures répressives imputées aux forces de sécurité affiliées aux Forces armées soudanaises (FAS), qui contrôlent la ville. Le rapport fait état de menaces, d’intimidations et d’arrestations arbitraires visant notamment des défenseurs des droits humains, des travailleurs humanitaires, des avocats, des syndicalistes et des responsables communautaires.
La Mission affirme avoir recueilli des témoignages crédibles faisant état de détentions au secret, de tortures, de mauvais traitements, de décès en détention et d’allégations de violences sexuelles contre des femmes détenues. Des milliers de personnes auraient été arrêtées et placées dans des lieux de détention non officiels ou dans la prison centrale d’El-Obeid, où les conditions sont jugées particulièrement difficiles.
« Les habitants d’El-Obeid vivent dans une peur constante, non seulement à cause des drones des FSR, mais aussi de la militarisation de leur ville et des campagnes de détentions arbitraires », a souligné Mona Rishmawi, membre experte de la Mission.
Les enquêteurs s’inquiètent également de l’extension du conflit et de l’utilisation croissante de technologies militaires sophistiquées. Ils examinent notamment une frappe de drone à Abyei qui aurait fait des dizaines de victimes civiles, ainsi que des attaques près de la frontière entre le Soudan et l’Égypte qui auraient coûté la vie à plusieurs dizaines de mineurs artisanaux.
L’accès humanitaire demeure entravé par les restrictions administratives, la militarisation des opérations et les obstacles imposés par les parties au conflit et leurs alliés. Le déploiement de combattants dans des zones résidentielles accroît également les risques pour les populations civiles.
La Mission rappelle par ailleurs que les violations commises lors de la prise d’El-Fasher et de zones environnantes, au Darfour, par les FSR et leurs alliés présentaient, selon ses conclusions, les caractéristiques d’un génocide, notamment en raison d’attaques contre des civils et des communautés ciblées sur une base ethnique.
Elle estime que les FAS et les FSR portent la responsabilité première des destructions et des atrocités commises dans le pays. Elle dénonce également le rôle d’acteurs extérieurs qui alimentent la guerre par des transferts d’armes, d’équipements militaires, de technologies liées aux drones et l’envoi de combattants.
La Mission appelle toutes les parties à respecter le droit international humanitaire, à protéger les civils et les infrastructures civiles et à garantir un accès humanitaire rapide et sans entrave. Elle exhorte aussi les États à empêcher les transferts d’armes et tout soutien susceptible de contribuer à de nouvelles violations.
Le Soudan est plongé depuis avril 2023 dans une guerre opposant les Forces armées soudanaises, dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, aux Forces de soutien rapide, commandées par le général Mohamed Hamdan Dagolo, dit Hemedti. Le conflit a provoqué une grave crise humanitaire, des déplacements massifs de population et de nombreuses accusations de violations du droit international humanitaire, notamment au Darfour et dans le Kordofan.
DM/te/Sf/APA





