Le nouvel accord consolidant le corridor routier Maroc-Maritanie constitue également un signal diplomatique important autour du passage frontalier d’El Guerguerat.Le Maroc et la Mauritanie franchissent ainsi une nouvelle étape dans le renforcement de leur coopération en matière d’infrastructures. Les ministres de l’Équipement des deux pays, Nizar Baraka et Ely Ould El Veirik, ont signé lundi à Rabat une convention-cadre portant sur la réhabilitation et l’élargissement de la route reliant le passage frontalier d’El Guerguerat à Nouadhibou puis à Nouakchott.
Cet accord dépasse la seule dimension technique d’un chantier routier. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de consolidation du corridor terrestre reliant le Maroc aux principaux marchés ouest-africains, alors que les échanges commerciaux par voie routière connaissent une croissance continue depuis plusieurs années.
Un maillon essentiel du corridor Tanger-Dakar.
Le tronçon concerné constitue aujourd’hui l’unique axe routier continu reliant directement le Maroc à la Mauritanie puis, au-delà, au Sénégal et aux autres pays d’Afrique de l’Ouest. Selon la presse mauritanienne, notamment Zoom Info, la route reliant Nouakchott, Nouadhibou et le PK55, poste frontalier mauritanien situé face à El Guerguerat, s’étend sur près de 480 kilomètres.
Chaque jour, des dizaines, voire des centaines de camions empruntent cette route pour assurer l’approvisionnement des marchés mauritaniens et le transport de marchandises vers l’Afrique de l’Ouest. Cette intensification du trafic a accentué les besoins de modernisation d’une infrastructure particulièrement exposée aux contraintes climatiques entre désert et littoral.
La convention prévoit notamment la réalisation d’études techniques, la mobilisation des compétences des deux administrations ainsi que la mise en place de mécanismes communs de suivi et de contrôle des travaux.
Une continuité avec les grands projets régionaux
Ce projet complète plusieurs infrastructures actuellement en cours de réalisation de part et d’autre de la frontière.
Au Maroc, la voie express Tiznit-Dakhla, destinée à renforcer la desserte des provinces du Sud jusqu’à El Guerguerat, arrive à son terme. Plus au sud, le Sénégal poursuit l’extension de son réseau autoroutier entre Dakar et Saint-Louis, tandis que les projets de franchissement du fleuve Sénégal doivent améliorer la fluidité des échanges avec la Mauritanie.
Pris ensemble, ces investissements dessinent progressivement un corridor continu reliant Tanger à Dakar via Dakhla, Nouadhibou, Nouakchott et Rosso, avec des perspectives d’intégration commerciale élargies vers l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.
Une portée diplomatique autour d’El Guerguerat
La référence explicite au passage d’El Guerguerat dans un accord bilatéral signé entre Rabat et Nouakchott revêt également une dimension diplomatique.
Depuis plusieurs années, les autorités algériennes soutenaient que la Mauritanie n’avait jamais reconnu officiellement la légalité de ce point de passage. La signature d’une convention portant directement sur l’aménagement de cet axe frontalier est interprétée par plusieurs observateurs comme un élément nouveau dans cette lecture diplomatique.
Cette évolution intervient dans un contexte où El Guerguerat s’est progressivement imposé comme un point de passage central pour les échanges commerciaux mauritaniens, une part importante des importations du pays transitant désormais par cette liaison routière.
Une géoéconomie qui redessine les équilibres régionaux
Au-delà des positions politiques des différents acteurs régionaux, la dynamique des infrastructures semble désormais jouer un rôle déterminant dans la reconfiguration des échanges entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest.
Après la coopération engagée autour de l’axe Smara-Bir Moghrein, ce nouvel accord confirme la volonté du Maroc et de la Mauritanie de renforcer leurs interconnexions routières. Dans une région où plusieurs projets concurrents peinent encore à se concrétiser, l’axe El Guerguerat-Nouakchott apparaît comme un corridor déjà opérationnel, dont la modernisation vise désormais à accompagner une croissance soutenue des flux commerciaux et à consolider son rôle dans les chaînes logistiques régionales.
MK/AK/Sf/APA





