L’arrestation et la mise sous mandat de dépôt de Justin Katinan Koné, 4e vice-président du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), la formation de Laurent Gbagbo, provoquent une onde de choc dans le paysage politique ivoirien.
L’opposition ivoirienne voit la machine judiciaire s’emballer contre Justin Katinan Koné, qui a été transféré à la Section antiterroriste du tribunal d’Abidjan sous de lourdes accusations, déclenchant l’indignation générale de ses pairs.
Tout a commencé le lundi 7 septembre 2026. Le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti au pouvoir, a saisi le procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Abidjan à la suite d’une conférence de presse animée par Justin Katinan Koné.
Le parti présidentiel lui reprochait alors des faits de « diffamation, injures par le biais d’un système d’information, ainsi que diffusion de nouvelles fausses ». Après une première audition à la préfecture de police, l’affaire a pris une tout autre tournure.
Le procureur de la République a instruit les enquêteurs d’interroger le prévenu sur un second volet : sa participation présumée aux troubles lors de la présidentielle d’octobre 2025. Le parquet s’appuie ainsi sur ses avertissements du 24 octobre 2025, promettant que les violences électorales ne resteraient pas impunies.
À l’issue de sa garde à vue, les charges retenues contre Katinan Koné, cadre du PPA-CI, se sont considérablement alourdies. Une information judiciaire a été formellement ouverte par la Section antiterroriste, assortie d’un mandat de dépôt.
Justin Katinan Koné est désormais poursuivi pour « actes terroristes, attentat et complot contre l’autorité de l’État, participation à un mouvement insurrectionnel, atteinte à l’ordre public, apologie de meurtre, attroupement armé, organisation de manifestations interdites et incendies volontaires de véhicules ».
Face à ce que beaucoup qualifient de « dérive autoritaire », les réactions de l’opposition ne se sont pas fait attendre. Dans une note publique intitulée « L’arrestation du 4ème Vice-Pdt du PPA-CI : Trop, c’est trop ! », Danielle Boni-Claverie, présidente de l’URD, a exprimé sa profonde consternation.
« Cette arrestation nourrit notre inquiétude, nous qui sommes attachés à l’État de droit, aux libertés publiques, à la démocratie, à la cohésion sociale et à la paix dans notre pays. Je m’exprime aujourd’hui avec gravité mais aussi avec une colère retenue », a-t-elle déclaré.
« La confrontation systématique prend le pas sur le débat politique. Toutes voix dissidentes ou suspectées sont poursuivies, réduites au silence au lieu d’être entendues. Être dans l’opposition n’est tout de même pas un crime ! », a ajouté Danielle Boni-Claverie.
La présidente de l’URD a également exhorté le pouvoir à écouter le « malaise qui gronde » dans le pays, citant pêle-mêle l’orpaillage clandestin, le coût de la vie, le prix du cacao fixé à 1200 Fcfa/Kg qui lèse les paysans, et les déguerpissements jugés « inhumains ».
De son côté, l’opposant Ahoua Don Mello a dénoncé une « manipulation grossière des institutions ». Pour lui, Justin Katinan Koné s’est retrouvé piégé pour avoir simplement exercé son droit républicain de dénoncer les failles de l’État concernant le scandale de l’orpaillage clandestin.
« Une simple plainte civile en diffamation déposée par le RHDP s’est brusquement métamorphosée en de lourdes accusations pénales portant sur de prétendus actes de violence remontant à la période électorale », s’est-il insurgé.
« Une telle manœuvre révèle un traquenard évident, destiné à contourner les protections légales dues à son rang et à neutraliser les voix critiques de l’opposition », a martelé Ahoua Don-Mello, un ancien cadre du parti de Gbagbo, qui s’apprête à lancer sa formation politique.
Don Mello a fermement invité le gouvernement ivoirien à « exclure les manifestations politiques du champ d’application du terrorisme » afin de recentrer la Section antiterroriste sur les réelles menaces qui pèsent sur la sous-région.
Michel Gbagbo, cadre du PPA-CI, a relayé l’information sur sa page Facebook, liant explicitement l’arrestation de son camarade à ses récentes prises de position contre l’orpaillage clandestin et à son opposition passée au scrutin d’octobre 2025. Avec cette nouvelle incarcération, la tension politique franchit un nouveau palier en Côte d’Ivoire.
AP/Sf/APA





