Le Sénégal veut accélérer la transformation de son système éducatif, notamment par la promotion du bilinguisme, en faisant des apprentissages fondamentaux une priorité nationale durable.
À Diamniadio, le Ministère de l’Éducation nationale a officiellement validé une Stratégie nationale de Plaidoyer destinée à accompagner la mise à l’échelle du Modèle harmonisé d’Enseignement bilingue au Sénégal (MOHEBS), ouvrant ainsi une nouvelle phase pour cette réforme fondée sur l’utilisation des langues nationales et du français dans l’enseignement.
Cette décision marque un tournant important. Après plusieurs années de mise en œuvre et des résultats encourageants, le MOHEBS entend désormais s’inscrire durablement dans les politiques publiques du pays. L’ambition affichée par les autorités est de passer d’une réforme ayant fait ses preuves à un modèle institutionnalisé, pérenne, progressivement généralisé et soutenu par des financements nationaux.
La rencontre organisée à la Sphère ministérielle de Diamniadio a rassemblé une centaine de participants représentant les différents acteurs concernés par l’avenir de l’éducation au Sénégal. Autorités publiques, partenaires techniques et financiers, collectivités territoriales, organisations de la société civile, chercheurs, secteur privé et médias ont été associés aux discussions autour de la nouvelle stratégie.
L’enjeu dépasse désormais la seule question pédagogique. Il s’agit de créer les conditions politiques, financières et sociales nécessaires à la consolidation du modèle et à son déploiement à plus grande échelle. La stratégie entend notamment renforcer l’ancrage institutionnel du MOHEBS, mobiliser des ressources nationales capables d’assurer sa pérennité et favoriser une appropriation plus large de la réforme par les familles et les communautés.
Cette orientation s’appuie sur des résultats qui renforcent la confiance dans le modèle. Une évaluation indépendante réalisée par RTI International en 2023 a relevé une amélioration de 29 points de pourcentage en lecture orale et en compréhension chez les élèves bénéficiant du MOHEBS, comparativement à ceux scolarisés uniquement en français.
Le dispositif a depuis pris une ampleur nationale. Il est actuellement déployé dans les 18 académies du Sénégal et concerne plus de 640 000 élèves des classes de CI et de CP disposant de manuels en langues nationales. Pour accompagner cette mise en œuvre, 12 116 enseignants, 7 327 directeurs d’école et 339 inspecteurs ont été formés.
Pour les autorités éducatives et les partenaires de la réforme, ces résultats montrent le potentiel du bilinguisme pour améliorer les apprentissages dès les premières années de scolarité et contribuer à réduire les inégalités entre les élèves.
À travers le MOHEBS, le Sénégal cherche ainsi à mieux prendre en compte l’environnement linguistique et culturel des enfants dans leur parcours scolaire. L’utilisation des langues nationales dans l’enseignement des fondamentaux vise notamment à faciliter la compréhension des notions enseignées, avant et pendant la transition vers une maîtrise accrue du français.
À l’ouverture de la session, le Secrétaire général du Ministère de l’Éducation nationale, Papa Malick Ndao, a réaffirmé la volonté des pouvoirs publics de faire de cette réforme un élément durable de la politique éducative nationale.
« Notre ambition est claire : faire du MOHEBS une réforme institutionnalisée, durablement financée, progressivement généralisée, évaluée et collectivement portée par la Nation », a-t-il déclaré, en présentant cette démarche comme une contribution à la construction de « l’école sénégalaise de 2035 ».
La prochaine étape sera donc déterminante. La validation de la stratégie ne constitue pas une fin en soi, mais le point de départ d’une phase consacrée à la mobilisation des ressources, au suivi des engagements et à la consolidation de l’adhésion autour du modèle. La réussite dépendra notamment de la capacité des différents acteurs à inscrire la réforme dans la durée et à maintenir les apprentissages fondamentaux au centre des priorités nationales.
Pour Dr Astou Fall, Directrice des Programmes de Speak Up Africa, qui a accompagné la Direction de l’Enseignement élémentaire dans l’élaboration de la stratégie, le principal défi est désormais celui de la durabilité. « Le défi réside désormais dans la pérennisation, la mise à l’échelle et l’ancrage durable de la réforme », a-t-elle souligné.
Cette dynamique s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’avenir de l’éducation en Afrique. À travers le Hub d’apprentissage fondamental (FLN Hub), les expériences nationales en matière d’amélioration de la lecture, de la compréhension et des compétences de base peuvent contribuer à nourrir les politiques éducatives du continent.
Elle rejoint également les objectifs de l’ODD 4, qui vise à garantir une éducation inclusive, équitable et de qualité pour tous. Pour le Sénégal, la question est désormais de transformer les résultats obtenus en un changement durable du système éducatif.
Le MOHEBS est porté par le Ministère de l’Éducation nationale, à travers la Direction de l’Enseignement élémentaire. Avec la nouvelle Stratégie nationale de Plaidoyer, le gouvernement dispose désormais d’un cadre destiné à coordonner la mobilisation des acteurs et à soutenir l’extension du modèle.
L’objectif est ambitieux : faire du bilinguisme un levier durable d’amélioration des apprentissages fondamentaux et contribuer, à l’horizon 2035, à bâtir une école sénégalaise capable de conjuguer ancrage culturel, maîtrise des savoirs et préparation aux grands défis de demain, notamment le numérique, l’intelligence artificielle et le développement durable.
Après avoir franchi le cap de l’expérimentation et du déploiement national, le MOHEBS entre ainsi dans une phase décisive. Le défi est désormais de transformer une réforme prometteuse en une politique éducative durable, suffisamment financée et véritablement portée par toute la Nation.
TE/Sf/APA





