Le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga effectue lundi 24 août une visite de travail en Algérie, porteur d’un message du président de la Transition, Assimi Goïta, à son homologue Abdelmadjid Tebboune. Après le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens, ce déplacement doit éprouver la capacité des deux voisins à rétablir leur coopération sécuritaire, politique et économique.
La visite du Premier ministre Abdoulaye Maïga en Algérie a été annoncée samedi par la Primature malienne. Celui-ci sera reçu par le président algérien et participera à des séances de travail avec son homologue Sifi Ghrieb, à l’origine de l’invitation transmise lors d’un entretien téléphonique le 9 août.
Cet échange entre les deux Premiers ministres avait été engagé par la partie algérienne, Sifi Ghrieb ayant été chargé par Abdelmadjid Tebboune de prendre contact avec le chef du gouvernement malien. Les deux responsables avaient exprimé leur volonté de donner une nouvelle dynamique aux relations bilatérales et d’accroître la place du Sahel comme espace de coopération, d’échanges et de développement.
Le contenu du message d’Assimi Goïta n’a pas été dévoilé et aucun accord sectoriel n’a été annoncé avant le déplacement. Les termes employés dans les communiqués des deux capitales revêtent toutefois une portée particulière : dialogue direct, confiance réciproque, respect de la souveraineté et non-ingérence. Ces principes se trouvaient précisément au cœur des griefs ayant opposé Alger et Bamako.
La visite constitue le premier contact politique de ce niveau depuis la normalisation décidée le 10 juillet par Assimi Goïta et Abdelmadjid Tebboune. Les deux présidents avaient alors convenu du retour de leurs ambassadeurs et de la réouverture réciproque des espaces aériens aux appareils civils et militaires, mettant fin à quinze mois de crise ouverte.
Sécurité
Le rétablissement d’une coopération sécuritaire constitue l’un des principaux enjeux du déplacement. Le Mali et l’Algérie partagent plus de 1 300 kilomètres de frontière, dans une zone traversée par les mouvements armés, les réseaux de trafic et les circuits migratoires irréguliers.
Après la destruction d’un drone malien dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025 près de Tinzawatène, Bamako s’était retiré du Comité d’état-major opérationnel conjoint. Basé à Tamanrasset, ce mécanisme réunissait depuis 2010 l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger autour du renseignement et de la coordination contre les groupes armés dans l’espace sahélo-saharien.
La visite pourrait permettre de déterminer si le Mali envisage de reprendre sa place au sein de ce dispositif ou si les deux gouvernements privilégieront un nouveau format de coopération. Jusqu’ici, les annonces de juillet ont rétabli les canaux diplomatiques et aériens sans préciser l’avenir du CEMOC.
Le différend sur le drone reste également sans règlement public. Alger avait affirmé que l’appareil avait pénétré son espace aérien, tandis que Bamako soutenait que son épave avait été retrouvée à 9,5 kilomètres à l’intérieur du territoire malien. La démarche engagée par le Mali devant la Cour internationale de Justice n’avait pu progresser, la juridiction ayant rappelé qu’elle ne pouvait examiner l’affaire sans le consentement de l’Algérie. Cette impasse a redonné au dialogue politique un rôle central.
La question du nord du Mali demeure plus sensible encore. Bamako avait mis fin en janvier 2024 à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, reprochant notamment à son voisin des actes d’ingérence et ses relations avec certains responsables des anciens mouvements signataires. L’Algérie avait rejeté les accusations de soutien aux groupes armés et défendu la recherche d’une solution politique.
Depuis, la situation militaire a profondément évolué. L’armée malienne et l’Africa Corps russe se sont retirés de Kidal en avril 2026 à la suite d’une offensive du Front de libération de l’Azawad. La proximité des positions rebelles avec la frontière algérienne rend désormais difficile une coopération sécuritaire durable entre Alger et Bamako sans un minimum de coordination sur cette zone.
Des canaux indirects semblent par ailleurs fonctionner. Le FLA a libéré, le 13 août, 82 militaires maliens détenus entre 2023 et 2026, présentant cette décision comme un geste humanitaire. L’armée malienne a, pour sa part, évoqué l’aboutissement d’un processus préparé depuis le début des captivités.
Plusieurs intermédiaires ont été cités autour de cette libération, notamment l’Algérie et le Congo-Brazzaville. Selon des informations rapportées, le FLA avait adressé une lettre au président congolais Denis Sassou-Nguesso pour solliciter une médiation. Ces démarches révèlent l’existence de contacts indirects, mais restent distinctes d’un processus politique structuré entre Bamako et les mouvements de l’Azawad.
Une éventuelle implication algérienne pourrait donc commencer par des mesures limitées : sécurisation de la frontière, prévention des incidents aériens, échanges de détenus ou établissement de mécanismes de déconfliction. Les positions politiques demeurent éloignées entre un gouvernement attaché à l’unité territoriale et un FLA portant désormais un projet indépendantiste.
Économie
La normalisation ouvre également la voie à la relance des mécanismes économiques bilatéraux. Lors de la douzième session de la Grande Commission mixte algéro-malienne, organisée à Bamako en 2016, les deux pays avaient signé treize accords couvrant notamment l’énergie, les hydrocarbures, la recherche minière, l’eau, la santé et la promotion du commerce extérieur.
La fixation d’une nouvelle session de cette commission constituerait un premier résultat concret. Elle permettrait d’évaluer les accords restés en attente et de sélectionner des projets adaptés aux priorités actuelles des deux pays.
Le corridor transsaharien représente un autre enjeu. Son réseau, réalisé à plus de 90 % selon le Comité de liaison de la route transsaharienne, comporte une branche reliant Tamanrasset à Gao puis à Bamako. Sa valorisation offrirait au Mali enclavé un accès supplémentaire aux infrastructures et aux ports algériens, tout en ouvrant aux entreprises algériennes un débouché vers les marchés sahéliens.
Alger avait également annoncé en 2024 son intention de créer une zone franche avec le Mali, dans le cadre d’un programme comprenant ses autres voisins. La crise diplomatique avait réduit les perspectives d’avancement de ce projet, dont le calendrier et l’implantation restent à préciser.
La portée de la visite se mesurera ainsi aux suites annoncées à Alger : calendrier d’une commission mixte, reprise de la coordination frontalière, mécanisme de prévention des incidents ou lancement de projets économiques. Après les gestes diplomatiques de juillet, les deux gouvernements sont désormais attendus sur la transformation de la détente en coopération durable.
MD/ac/Sf/APA







