Les officiers maliens arrêtés dans l’affaire ayant impliqué le Français Yann Vézilier seront « bientôt jugés », selon le procureur général près la Cour suprême, Mamoudou Timbo. Dans un entretien diffusé jeudi 20 août par l’ORTM, le magistrat a justifié la séparation des procédures et précisé les effets juridiques de la grâce accordée au ressortissant français.
L’instruction visant les militaires maliens se trouve à « un stade avancé », a déclaré Mamoudou Timbo, sans annoncer de date pour leur comparution. Leur dossier est traité par la, en raison de la nature des infractions qui leur sont reprochées et de leur statut, a-t-il expliqué.
Ces officiers avaient été arrêtés en août 2025 dans le cadre d’une affaire présentée par les autorités maliennes comme une tentative de déstabilisation des institutions. Yann Vézilier, membre de l’ambassade de France à Bamako que les autorités maliennes présentaient comme un agent du renseignement français, avait également été interpellé.
Condamné le 5 juin 2026 à vingt ans de réclusion criminelle pour atteinte à la sûreté extérieure de l’État, le Français a bénéficié, le 13 août, d’une grâce du président de la Transition, Assimi Goïta. La mesure était assortie de son éloignement immédiat du territoire malien. Il est depuis rentré en France.
Procédures distinctes
Mamoudou Timbo a expliqué la différence de calendrier judiciaire entre Yann Vézilier et les militaires maliens par la qualification des faits retenue dans chaque dossier. Selon lui, l’exploitation des éléments d’enquête aurait fait apparaître une « connexion avec les groupes armés terroristes » concernant le ressortissant français.
« Non seulement il est poursuivi pour atteinte à la sûreté extérieure de l’État, mais il est poursuivi aussi pour des faits de terrorisme », a déclaré le procureur général. Cette qualification aurait entraîné la saisine du Pôle judiciaire spécialisé dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée.
La condamnation rendue publique par le gouvernement malien portait toutefois sur l’atteinte à la sûreté extérieure de l’État. Les accusations de liens avec des groupes terroristes demeurent la version présentée par les autorités judiciaires maliennes.
Les faits reprochés aux officiers relèvent, selon Mamoudou Timbo, de la compétence du tribunal militaire. « La procédure est engagée au niveau du tribunal militaire. L’instruction est à un stade avancé », a-t-il assuré. Le magistrat a ainsi rejeté l’idée que la différence de traitement procédural reposait sur la nationalité des personnes mises en cause.
Grâce et diplomatie
Interrogé sur d’éventuelles pressions françaises ayant pu conduire à la libération de Yann Vézilier, Mamoudou Timbo a affirmé que la justice malienne avait agi dans le respect de la souveraineté nationale. Il a néanmoins reconnu que les relations diplomatiques pouvaient jouer leur rôle lorsqu’une procédure concerne un ressortissant étranger.
Le procureur général a également rappelé que la grâce présidentielle ne constituait pas un acquittement. Elle peut empêcher l’exécution de la peine, mais « ne fait pas disparaître la condamnation », a-t-il précisé. La Constitution malienne confère au président de la République le droit de grâce.
Concernant le huis clos qui avait entouré le procès de Yann Vézilier, Mamoudou Timbo a indiqué que la publicité des audiences demeurait le principe. La juridiction peut cependant décider de fermer les débats au public lorsque leur tenue en audience publique risque de porter atteinte à l’ordre public, à la sécurité ou à des intérêts protégés.
À l’annonce de la grâce, le gouvernement malien avait soutenu que la mesure ne remettait pas en cause les faits établis par le jugement. Paris, qui avait rejeté les accusations de déstabilisation comme infondées, s’est pour sa part félicité du retour de Yann Vézilier auprès de ses proches, après douze mois de détention au Mali.
L’annonce du prochain jugement des officiers maliens ouvre désormais un nouveau volet judiciaire dans cette affaire, survenue sur fond de fortes tensions diplomatiques entre Bamako et Paris.
MD/ac/Sf/APA







