La grâce accordée à Succès Masra et aux huit anciens dirigeants du GCAP est saluée par son avocat comme un possible « acte d’apaisement politique », ouvrant la voie à une nouvelle page du dialogue tchadien.
La grâce présidentielle accordée à Succès Masra et à huit anciens dirigeants du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP) constitue un possible « acte d’apaisement politique », a estimé Me Saïd Larifou, l’un des avocats de l’ancien Premier ministre tchadien, saluant une décision susceptible d’ouvrir « une nouvelle page » dans le dialogue politique tchadien.
Dans un communiqué publié à Paris après la signature, vendredi, de deux décrets de grâce présidentielle par le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, l’avocat souligne que cette mesure dépasse son seul aspect juridique. Il rappelle toutefois qu’elle « ne clôt pas les interrogations soulevées par l’arrestation, le procès et la condamnation » de son client, la défense demeurant attachée à « l’État de droit, à l’indépendance de la justice et au procès équitable ».
Me Larifou appelle à un dialogue fondé sur « l’apaisement, la réconciliation nationale et le respect du pluralisme », loin de « l’exclusion durable des acteurs politiques », tout en remerciant ceux qui se sont mobilisés au Tchad et à l’étranger pour la libération de Succès Masra.
L’ancien Premier ministre avait été arrêté le 16 mai 2025, deux jours après les affrontements intercommunautaires de Mandakao, dans le Logone occidental, qui avaient fait 76 morts. Les autorités l’avaient présenté comme le principal instigateur du conflit, en s’appuyant notamment sur un enregistrement audio datant de 2023 dans lequel il appelait la population civile à s’armer.
Après plusieurs mois de détention, son procès s’était ouvert le 7 août 2025 devant la chambre criminelle de la Cour d’appel de N’Djamena pour des faits d’incitation à la haine et à la révolte, constitution et complicité de bandes armées, complicité d’assassinat, incendie volontaire et profanation de sépultures. Le 9 août 2025, il avait été condamné à vingt ans de prison ferme et à un milliard de francs CFA de dommages et intérêts, une peine confirmée par la Cour suprême le 21 mai 2026.
La grâce présidentielle bénéficie également à huit anciens dirigeants du GCAP, principale coalition de l’opposition, arrêtés le 25 avril 2026 au lendemain de la dissolution judiciaire de leur mouvement. Jugés dans l’enceinte de la prison de Klessoum, ils avaient été condamnés le 8 mai 2026 à huit ans de prison ferme et à une amende de 500 000 francs CFA chacun.
Dans les deux dossiers, les avocats avaient dénoncé des procédures à caractère politique et des procès menés dans des conditions expéditives. Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, avaient également critiqué le traitement judiciaire réservé à l’opposition.
Le décret présidentiel précise que Succès Masra et les huit anciens responsables du GCAP sont « libérables dès que les dispositions seront prises par le ministère de la Justice dans les heures et jours qui viennent ». Un second décret instaure par ailleurs une remise collective de peine, à l’exception des condamnés pour terrorisme, viol ou trafic de stupéfiants.
CA/ac/Sf/APA







