L’armée sud-africaine fait l’objet d’un examen minutieux après la mort de l’inspecteur principal Frans Mathipa, dont l’enquête sur l’enlèvement et le meurtre présumés d’un ressortissant éthiopien aurait conduit à des éléments compromettants impliquant des membres des forces spéciales.
Mathipa, enquêteur des Hawks, l’unité d’élite de la police sud-africaine, a été tué par balle en août 2023 alors qu’il travaillait sur le dossier d’Abdella Abadigga, un Éthiopien présenté comme un recruteur présumé de l’État islamique (EI).
Selon des informations rapportées par la BBC, Abadigga, qui avait obtenu un statut d’asile temporaire en Afrique du Sud en 2008, avait été arrêté à l’étranger en 2017 avant d’être ramené clandestinement en Afrique du Sud par l’armée et le ministère de l’Intérieur. Il aurait ensuite travaillé comme agent de renseignement avant de « faire défection ».
Sept militaires inculpés
L’enquête sur sa disparition et son meurtre a conduit à l’inculpation de sept membres des forces spéciales sud-africaines et d’un officier de la police militaire. Tous contestent les accusations portées contre eux.
Des documents judiciaires et des dossiers policiers examinés par le parquet indiqueraient par ailleurs que des véhicules associés à une société écran liée aux forces spéciales auraient suivi Mathipa avant son assassinat.
Le commandant Sunnybooi Wambi, l’un des suspects, aurait également été identifié sur le site de l’enlèvement présumé faisant l’objet des investigations de Mathipa.
L’affaire soulève désormais de sérieuses interrogations sur l’étendue des pouvoirs et des opérations de l’armée sud-africaine sur le territoire national. Des sources policières ont notamment fait état de menaces attribuées aux forces spéciales à l’encontre des enquêteurs travaillant sur le dossier.
Une affaire qui embarrasse les autorités
Selon l’enquête de la BBC, les enquêteurs auraient notamment reçu un avertissement selon lequel, quel que soit leur nombre, ils pourraient être pris pour cible s’ils poursuivaient leurs investigations.
Malgré les inculpations, plusieurs suspects seraient toujours en liberté et continueraient de servir dans l’armée. Aucune date de procès n’a encore été fixée.
L’affaire met également en lumière le rôle présumé de l’armée dans le retour clandestin d’Abadigga en Afrique du Sud et dans sa disparition. Les États-Unis avaient auparavant sanctionné ce dernier pour son rôle présumé dans le recrutement de membres pour l’EI.
L’armée sud-africaine et le ministère de l’Intérieur n’ont pas répondu aux questions concernant leur implication présumée dans le retour et la disparition d’Abadigga. Le président Cyril Ramaphosa n’a, lui non plus, pas souhaité commenter publiquement cette affaire.
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