Cinq ans après la concentration des pouvoirs par Kaïs Saïed, des milliers de personnes sont sortis dans la rue samedi 25 juillet dans le centre de Tunis pour dénoncer la dégradation des conditions de vie, les atteintes aux libertés et la gestion d’une vague de chaleur marquée par de longues coupures d’électricité.
La manifestation des Tunisiens de ce 25 juillet, contre la dégradation des conditions de vie, intervient dans un climat diplomatique tendu, après la convocation de l’ambassadrice de France à la suite d’un entretien accordé à France 24 par l’ancien président de Tunisie Moncef Marzouki.
Selon des médias, les manifestants ont défilé dans les rues de Tunis en scandant « Dégage ! » et « Ni eau, ni électricité, il n’y a que prison et hausse des prix ». Pour rappel le 25 juillet 2021, jour de la fête de la République, le chef de l’Etat Kaïs Saïed avait suspendu le Parlement, limogé le chef du gouvernement et concentré entre ses mains l’essentiel des pouvoirs exécutifs. Élu en 2019 avec une large majorité, il avait justifié ce tournant par la nécessité de mettre fin au blocage institutionnel.
«Nous sommes sortis aujourd’hui pour demander des comptes» et dénoncer les «dysfonctionnements», a dit à l’AFP Wissem Sghaier, porte-parole du parti d’opposition Al Joumhouri.
«Cette marche est un appel populaire, un appel citoyen pour retrouver les valeurs et les principes de la République», a de son côté affirmé l’universitaire Mouldi Gassoumi.
Depuis 2021, des organisations alertent sur le recul des droits et libertés. Des figures politiques, journalistes, avocats et militants ont été arrêtés, condamnés ou contraints à l’exil. Le pouvoir affirme que le but est de « protéger l’État, combattre la corruption et de préserver la souveraineté nationale. »
Actuellement, la Tunisie traverse un épisode de chaleur extrême, avec jusqu’à 47 °C à Tunis et 49 °C à Kairouan. Les coupures d’électricité se sont multipliées dans la quasi-totalité du pays, provoquant colère et inquiétude. La Société tunisienne de l’électricité et du gaz publie quotidiennement des alertes annonçant des opérations de délestage.
Selon les zones, les coupures peuvent durer une heure, mais parfois trois, six heures ou davantage touchant les logements, les commerces, les ateliers et les usines.
À cette crise intérieure s’ajoute une tension avec la France. Le ministère tunisien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadrice de France après la diffusion, sur France 24, d’un entretien avec Moncef Marzouki, installé en France et recherché par la justice tunisienne pour ses prises de position hostiles au coup d’Etat de Kaïs Saïed .
La diplomatie tunisienne a dénoncé une « ingérence inacceptable », estimant que les propos portaient atteinte à la souveraineté de l’État, à sa sécurité nationale et à ses institutions. Elle a aussi considéré que le caractère public du média engageait la responsabilité morale de l’État français.
AK/Sf/APA







