Le contrôle exercé par le maréchal Khalifa Haftar sur le Fezzan, vaste région désertique du sud-ouest libyen, est confronté à un défi inédit avec l’émergence de la Chambre des opérations pour la libération du Sud (COLS). Le 12 juillet, ce groupe armé dirigé par Mohamed Wardougou a revendiqué une attaque contre une base aérienne de l’Armée nationale libyenne (ANL) près d’Al-Wigh, à proximité des frontières avec le Niger et le Tchad.
Selon les images diffusées par la rébellion, plusieurs positions militaires ont été incendiées et une quinzaine de soldats faits prisonniers, illustrant une capacité opérationnelle inattendue dans une zone jusqu’ici considérée comme solidement contrôlée par les forces de Benghazi.
Fondée en janvier 2026, la COLS est conduite par Mohamed Wardougou, figure issue de la communauté toubou, implantée de part et d’autre des frontières entre la Libye, le Niger et le Tchad. Cette ethnie avait joué un rôle actif dans l’insurrection contre le régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Le chef rebelle affirme avoir lancé une « révolution dans le Sud » afin de mettre fin à ce qu’il qualifie de « nouvelle dictature » imposée par Khalifa Haftar et son entourage. Il accuse également les autorités de l’Est de piller les ressources du Fezzan, d’imposer des taxes aux populations locales et de personnaliser leur pouvoir à travers l’omniprésence des portraits du maréchal et de ses fils dans les villes sous leur contrôle.
Cette contestation intervient alors que Khalifa Haftar semblait avoir consolidé son emprise sur le Fezzan après les offensives menées par l’ANL à partir de l’été 2024. Longtemps dominée par des milices tribales arabes, toubou et touarègues, cette région stratégique concentre d’importants gisements d’hydrocarbures et contrôle plusieurs axes majeurs de contrebande de carburant, d’armes, de drogues et de migrants reliant la Libye au Sahel. Une dégradation de la sécurité pourrait ainsi avoir des répercussions au-delà des frontières libyennes, notamment dans les régions septentrionales du Niger et du Tchad.
Pour plusieurs spécialistes, cette rébellion constitue avant tout un revers politique pour le clan Haftar.
« Le fait que le clan Haftar ait échoué à mettre un terme à cette rébellion fragilise le récit selon lequel il contrôle fermement le Sud », estime Wolfram Lacher, chercheur à l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité.
L’expert juge probable que le groupe bénéficie d’un soutien provenant des autorités de Tripoli, en particulier de réseaux liés au vice-ministre de la Défense Abdul Salam Al-Zoubi. Une analyse partagée par Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye au Royal United Services Institute (RUSI), qui évoque une assistance financière et logistique du gouvernement rival de l’Ouest. Mohamed Wardougou rejette toutefois ces accusations, affirmant que son mouvement ne reçoit aucun soutien extérieur et récupère une partie de son armement sur les positions de l’ANL.
Les autorités de Benghazi n’ont pas officiellement réagi aux revendications de la COLS. L’ANL a néanmoins annoncé, le 8 juillet, avoir découvert une importante cache d’armes attribuée au groupe rebelle, comprenant environ 1 000 mitrailleuses lourdes et plus de 800 lance-roquettes. Malgré cette communication, l’apparition de cette nouvelle insurrection souligne la persistance des fragilités sécuritaires dans le sud libyen, où les rivalités tribales, les enjeux économiques et la compétition entre les deux pouvoirs rivaux continuent d’alimenter l’instabilité du pays.
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